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 Valses de parapluies&charmants fragments... De souvenirs. [PV]

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Candyce C. Highborn
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MessageSujet: Valses de parapluies&charmants fragments... De souvenirs. [PV]   Dim 5 Juil - 2:52

___ « Le comptoir d’un café est le parlement du peuple. »


    Plic.
    Ploc.

    La pluie tombait sur Calyppe. Ce n’était pas une grosse averse printanière. Ce n’était pas non plus une pluie fine d’été. C’était une demi-mesure. Du genre que Candyce n’appréciait que très modérément. Accoudé à son balcon, les yeux perdus dans le vide, il frottait en maugréant les manches de son pull où s’était incrustée une touffe de poil blanc. Encore un coup de la sale bestiole à poil. Évidemment. Se grattant le nez avec la distinction des plus grands – on est ironique ou on ne l’est pas – son regard dériva à nouveau sur les vitres ruisselantes des appartements qui lui tenaient lieu de vis-à-vis. Non, définitivement, Candyce n’aimait pas ce genre de pluie. Elles étaient un peu trop fourbes pour lui, un peu trop faibles, un peu trop fortes et, plus que tout, il n’aimait pas les choses tiédasses. Glacées ou brûlantes, oui. Tièdes, non. C’était sans goût, trop fades pour être appréciées et trop présentes pour être ignorées. En bas, les parapluies valsaient avec grâce. Un pas rouge en avant, deux pas vert en arrière, un arc-en-ciel de couleur sur le côté. Il esquissa un mince sourire. Il aimait bien les couleurs des parapluies dans la grisaille de la journée. Des couleurs sans compromis. Vives ou froides. Il se frotta les yeux tout en s’étirant et se gratta la joue tout en observant d’un œil sceptique la vieille dame du balcon d’en face qui le fixait avec insistance. Excédé, il poussa un soupir et jeta un regard à sa montre. Sept heures trente. Du matin. Il grogna. Il était encore en avance. Et son travail qui ne commençait que dans une demi heure… Il se frotta le nez, fit volte face, manqua d’écraser le chat au passage et referma violemment la baie vitrée.

    Un frisson lui chatouilla la nuque. Il resserra son écharpe autour de son cou, enfouissant son visage à l’intérieur. Il ferma les yeux. Les rouvrit. Il étudia du regard son salon. Il n’en était pas sorti depuis une semaine. Il n’avait pas fichu les pieds dehors. Alors il commençait à le connaître par cœur. Routine. Métro. Boulot. Dodo. Et encore. Sans passer par les deux premières cases.

    La pièce qui lui faisait face lui fit à nouveau pousser un long soupir las. Du bazar… Encore du bazar. Il grattouilla la tête tachetée du chaton – appelé pour une raison stupide Misery – et s’assit sur la moquette, assis en tailleurs, la bestiole roulé en boule contre son ventre. Il lui pinça gentiment l’oreille, par jeu, par désœuvrement et arracha un « Mraow » mécontent au matou. Il ricana et s’effondra en arrière, les yeux levés sur le plafond. Il fallait qu’il fasse quelque chose. N’importe quoi. Et comme trop souvent lorsque l’ennuie le prenait, il se mit à penser. Ce qui – lorsque l’on a tendance à un peu trop cogiter – n’est pas spécialement recommandé. C’est ainsi qu’une pagaille bleue aux yeux azurs s’imposa dans sa tête. Bon. Il prit une grande inspiration – Barre-toi pitié, laisse-moi t’oublier. – et tenta vainement de se vider la tête. Tout est dans l’adverbe. Quoi qu’il fasse, le visage de ce satané type revenait le hanter. Alors autant s’y résigner. C’était un sport dans lequel il excellait, Candyce, se résigner. Se résigner à souffrir, se résigner à ne pas pouvoir oublier, se résigner à ne pas savoir communiquer. Mais il s’y faisait. Ou tout du moins croyait s’y faire. Et si la nuance semblait évidente à n’importe qui d’autre, la limite, pour lui, était plus que floue. Être ou être persuadé… Du pareil au même.

    A long time ago, we used to be friends,
    but I haven’t thought of you lately at all…


    Nymphe. Le prénom sonna comme un réveil. Il se tendit, grimaça avant de se relâcher. Après tout, il n’était pas là, il pouvait se permettre de rêvasser un peu encore. Ses doigts frôlèrent son téléphone, effleurant les touches. Envoyer… Ou pas. Juste quelques mots. « Rendez-vous, aujourd’hui, dix-sept heures ». Pas de lieu. Il espérait innocemment que l’autre saurait où le trouver. Dans ce café où ils étaient allés quelquefois… Avant. Il soupira. Le sms attendait dans ses brouillons. Il n’avait qu’un geste à faire pour que… Pour le revoir. Il se cacha les yeux de l’avant bras, réfléchissant à toute vitesse. Avait-il envie de le revoir ? Non. Il n’avait pas besoin de lui après tout. Ce n’était plus son problème, il n’avait plus rien à faire avec lui. Plus jamais. Mais il ne faut jamais dire jamais et ses pensées dérivèrent vers un fébrile oui, tout caché dans un recoin sombre. Oui. Parce que ça ne servait à rien d’être si près et si loin en même temps. Parce qu’il avait de plus en plus mal. Les mains tremblantes, il appuya sur la touche « Envoyer ». Pris d’un instant de doute, il éteignit son portable. Il savait qu’il perdrait tous ses moyens si Nymphe se hasardait à répondre. Il doutait qu’il le fasse mais mieux vaut prévenir que guérir. Coup d’œil à sa montre. Huit heures moins dix. L’heure de partir.

    Le reste de la journée se déroula dans une sorte de brouillard permanent qui refusa tout bonnement de se dissiper. Il travailla mécaniquement, n’esquissa pas un seul sourire et se tétanisa lorsqu’on lui tapa sur l’épaule pour lui signifier qu’il était temps qu’il s’en aille. Il était seize heures trente.

    Plic.
    Ploc.

    Assis à une table installée en terrasse, il regardait les passants. Timkrit était un quartier paisible et même l’atmosphère y semblait apaisée. D’un geste lent et nerveux, il faisait tourner la paille rose dans le verre de menthe à l’eau. Il ne savait plus trop quoi penser et son portable, toujours éteint, patientait à côté de son verre. Candyce le fixait. Comme avec l’espoir qu’il sonne et que, sans réfléchir, il décroche pour entendre « Hey Candyce. Ça fait longtemps, hein ? ». Le son tintait joliment à ses oreilles et il savait qu’il reconnaitrait cette voix entre mille. Parce que de tous les souvenirs qu’il avait de lui, c’était de ça dont il se souvenait le mieux. Étonnant jeu auquel se livre sa mémoire. Il coinça la paille entre ses dents et, tout en faisant cogner les glaçons contre le verre, aspira une longue gorgée. Il n’avait plus qu’à attendre. De toutes façons, son reflet ne viendrait pas n’est-ce pas ? Il ne devait même plus se souvenir de cet endroit… Il ferma les yeux et se laissa tomber contre le dossier de sa chaise, la tête basculée en arrière. Un signe. N’importe quoi…

    Mais rien ne vint. Lorsqu’il se redressa, il enfouit la tête entre ses bras croisés et, les yeux mi-clos, guetta un éclair bleu qui, il en était sûr, ne viendrait jamais.

    Mais qui vivra verra, n’est-ce pas ?

    Et n’est-ce pas le tant attendu reflet que l’on voit se profiler au loin ?

    Candyce referma les yeux.

    And feel it for a minute like the real thing baby, I guess.
    I already forgot, what I thought I would say.

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Nymphe Christa
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MessageSujet: Re: Valses de parapluies&charmants fragments... De souvenirs. [PV]   Dim 5 Juil - 22:25

Et si je mourrais ?
Non mais, juste pour voir.



Des yeux bleu mi-clos fixaient le plafond. La cervelle qu'ils abritaient repassait ses leçons de jeunesse, données dans un autre monde. Quand vous aurez trouvé l'autre moitié de votre âme et que vous aurez signé votre contrat, rien ne pourra plus vous empêcher de l'accomplir. Vous serez dans l'incapacité de mourir. Vous savez comme un jeu dans lequel on aurait triché. Faites très attention à votre humain parce que si lui meurt, vous resterez incomplet pour toujours, sans l'option de mourir pour vous reposer.
Vous n'aimeriez pas que ça arrive n'est-ce pas ?
Non... non pas vraiment.

Jusqu'ici le petit reflet n'avait fait que se souvenir de ses cours, et les croire, de toute sa moitié d'âme. Quelque soit la chance, quelque soit le désespoir, il n'avait jamais remis en doute cet enseignement enraciné loin dans sa tête. Vingt-trois heures. Les maudites quatre heures du matin était encore loin, mais il savait reconnaitre l'état d'esprit qui accompagnait ses nuits sans sommeil. Et pour la première fois il se demandait s'il ne pourrait pas mourir. Et même s'il devait continuer à vivre peut-être qu'il pourrait tomber dans un coma quelque temps. Pour ça il fallait prendre des médicaments, et des médicaments il n'en avait pas.
Ça aurait pu clore le sujet, mais il continuait à se demander quand même. Il étira les bras dans un vague sursaut de volonté, creusant son dos, puis se retourna lentement, une fois, deux fois.
De son récent voyage dans le miroir, il avait ramené une poignée de pétales de roses séchées et poussiéreuses. Du sanctuaire qu'il ne connaîtrait plus jamais, puisque Sphère était parti sous ses yeux. Il n'aurait pas du le quitter du regard une seconde. Cette nuit ses talismans ne lui apportèrent aucun réconfort, mais il s'endormit tout de même vers une heure du matin. Sans larmes, sans cris, juste de l'amertume usée.



Au début il ne comprit pas trop. Il n'était même pas huit heures, et il y avait quelque chose qui sonnait. Il ne mettait jamais de réveil. A qui avait-il passé son numéro de portable ? Portable qui restait toujours allumé au cas où ce soit lui qui appelle. Il grogna, rampa vers le bord de son lit, fit dépasser une tête plein d'épis bleu dressés dans tous les sens, et caressa la poussière par terre pour trouver son petit tas de vêtement, et cachés entre eux, la petite machine qui faisait du bruit. Quel vieux modèle n'empêche. En deux ans n'importe quel portable avait le temps d'être hors service, n'importe quel numéro ne faisait pas deux années.
Ses yeux glissèrent sur l'écran du petit gadget compact et ne comprirent pas tout de suite. Tiens l'expéditeur s'appelait "CANDY". Comme le nom sous lequel il avait enregistré Candyce. Et ça lui faisait remuer le coeur en le faisant espérer alors que comme toujours.
La seconde d'après il avait réalisé que ce mystérieux Candy était le sien, et que c'était le message attendu pendant des mois et des mois qui venait d'arriver. Et son cerveau se paralysa. Il sentit même confusément qu'une partie de sa tête cherchait désespérément à atteindre son pouvoir. Stop, stop, STOP. Arrêt sur image, retour en arrière, avant que ce message n'arrive.

Huit heures douze : vous avez un nouveau message.
Après deux ans il comprit finalement qu'il aurait préféré ne pas le recevoir. Il était suspendu au-dessus du sol sans que sa maladresse ne le fasse tomber, sa gorge figée entre son envie de rire, de pleurer, de hurler jusqu'à ce que le temps fasse marche arrière. Qui sait il se découvrirait peut-être un autre pouvoir ?

Finalement il ne fit rien, se roula en boule dans son lit, ramenant son téléphone contre son habit de soie, déverrouilla le clavier et ouvrit le message.
Rendez-vous, aujourd’hui, dix-sept heures.
C'était tout ? C'était froid et impersonnel, il aurait tout aussi bien pu se tromper de destinataire. Et rendez-vous où bordel ? Si le message lui était bien destiné, Candy allait se faire un plaisir de le lui mettre sur le dos s'il ne trouvait pas le point de rencontre. Comme s'il pouvait deviner.
Nymphe ressentit quelque chose qu'il n'avait pas ressentit depuis deux ans. Quelque chose qui faisait bouillir ses veines de l'intérieur, lui remuait l'estomac et réveillait des pulsions qu'il croyait avoir laissé dans le néant avant sa naissance. La colère, la bonne vieille colère que son humain savait si bien déchaîner.



Il essaya vainement de se rendormir pendant une heure, avant de s'asseoir sur ses draps et tripoter pensivement ses orteils en repassant dans sa tête tous les endroits où ils avaient aimé aller ensemble. Le fait étant que tels endroits n'existaient presque pas puisque aller quelque part ensemble rendait forcément la journée désagréable. Il y avait eu ce café sympa au centre commercial, mais Nymphe avait tellement disjoncté ce jour là qu'il avait balancé un chocolat au lait particulièrement tachant sur son "frère". Mh. La possibilité de "bon souvenir" à cet endroit était quasi-nulle, il fallait le rayer. Et encore, et encore.
A midi il mangea à peine. Il avait préparé longuement -quoique distraitement- un repas de roi qu'il picora à peine, se rendant compte que son ventre était noué par l'appréhension et surtout le STRESS. Stress de ne pas savoir où aller, que Candyce n'y soit pas au final, peur que ça se passe mal. Et si Candyce se ramenait avec sa conquête du moment sur les genoux? Non-non, ce n'était rien il prendrait sur lui -et il prendrait aussi sur lui de ne pas lui lancer de regard profondément méprisant. Dans cette longue dispute il tenait quand même la position du faible. Candy' n'en avait plus rien à carrer de son vœu, et lui souhaitait toujours mettre fin à sa vie incomplète.
Il mit les restes au frigo, si soigneusement emballés que ça ne lui ressemblait pas, et déchargea son trop plein d'énergie en nettoyant scrupuleusement son appart comme s'il allait mourir à dix-sept heures précises. Puis il employa les trois heures qui lui restait à s'habiller, à savoir vider son placard sur son lit et faire des essais nerveux et improbable devant son miroir. Parce qu'il ne fallait surtout pas que Candyce pense qu'il faisait un effort vestimentaire pour lui.
Nymphe lança un regard critique sur ce qui ressemblait à un sweat taillé dans une matière transparente et rouge cramoisie. Le débardeur bleu marine qu'il avait mis en dessous ressortait presque noir, mais pas tout à fait. Son pantalon était un jean sympa, il avait attaché plusieurs foulards légers d'opacité différentes aux encoches sur les hanches qui auraient du accueillir une ceinture. Oui c'était proche de ses vêtements de tous les jours. Sauf que pour une fois il faisait attention aux couleurs. Celles-ci semblaient particulièrement rebelles aujourd'hui, comme si subitement toute sa garde-robe avait décidé de ne plus lui aller du tout. Il passa des ficelles couleur arc-en-ciel autour de ses poignet, renonça à mettre une casquette ou des boucles d'oreille (mais oui, et du rouge à lèvre aussi), se maquilla simplement comme d'habitude, en faisant attention à la trajectoire de son mascara pour une fois. Il attrapa son sac à bandoulière dans lequel il fourra son porte monnaie et son portable, et profita de l'heure d'avance qu'il avait pour trouver le fameux endroit.



Le parc était vide en tout cas. Enfin Candyce n'y était pas. Ça lui avait prit une trentaine de minutes de l'atteindre, et ses jambes maigrelettes le faisaient déjà souffrir. Il n'y avait personne, il y avait trois autres endroits qui étaient jouable mais il n'aurait pas le temps. On ne l'attendrait pas plus de dix minutes il en était certain. Il rallia le plus proche rapidement, un pont vers lequel ils avaient mangé une glace, une rare promenade sans disputes, mais encore une fois il n'y avait que des touristes et des gens normaux. La Trinité sonna dix-sept heures. Il essaya de ne pas penser à la pluie qui avait ruiné ses efforts de mise en pli, qu'il allait louper la seule chance de renouer avec son humain. Il faillit se mettre à pleurer. Il saisit fébrilement son portable et composa le numéro, colla l'appareil à son oreille sans trop d'espoir. Et quand il décrocha il se demanda comment il faisait pour que les larmes ne coulent pas toutes seules. Il était en vie, et au bout du fil, et à Calyppe, et il allait bientôt le voir. Sa voix était complètement compressée dans sa gorge et il lui fallut plusieurs essais pour sortir un petit "allo" étranglé. Allo...

- Candyce ? Je t'ai pas trouvé...

Il prononça sa phrase avec une honte modérée. Oui quel âme sœur ne pouvait pas deviner les pensées de sa moitié, il était pathétique. Mais il faisait un effort pour reconnaître que c'était sa faute et ne pas faire remarquer de façon acerbe que c'était tordu de le laisser deviner tout seul, que le sms aurait couté le même prix avec le lieu indiqué à l'intérieur.
Ça allait. Et Finalement Candy était dans un café pas loin.



Une serveuse l'avait conduit jusqu'à la salle à l'étage. Ses yeux entraînés à guetter le repérèrent tout de suite et son cœur se déplaça en direction de son ventre. Candyce, Candyce, Candyce. Il pourrait tout laisser tomber, la rancœur accumulé pendant des années et des années, oublier tout ce qui avait fait mal et courir comme le gamin de onze ans qu'il avait été un jour, lui sauter dessus et le serrer dans ses bras, dormir avec lui le visage enfouit dans ses cheveux fraichement lavés. Il aurait pu se mettre à courir au milieu du café et le serrer contre lui. Au lieu de ça il arriva les mains un peu tremblantes et la tête déconnectée de tous les problèmes périphériques que constituaient la salle, les autres individus qui la peuplaient, le reste du monde en général. Il tira une chaise pour s'y asseoir et faire face à son pendant. Il arrivait à donner l'illusion qui était presque calme, malgré ses doigt fébriles. Il ramena une mèche bleue derrière son oreille et rappela qu'il était tremblait, ce qu'il affectait de ne pas remarquer le moins du monde.
Il y avait tellement pensé à ce qu'il lui dirait quand il le reverrait, il avait si souvent imaginé qu'il le frapperait, une fois, juste une fois, pour tout ce qu'il avait du souffrir -parce que tout était forcément de la faute de Candyce. Bien sûr ça il ne le ferait pas, ce n'était qu'un fantasme. Mais il y a tellement d'autres chose que je voulais te dire. Je voulais te raconter chacune de ces nuits que j'ai passé seul, sans message, les yeux écarquillés dans le noir jusqu'à quatre heure du matin. Tu as vécu ces nuits là toi ? Non bien sûr que non, il y a toujours eu quelqu'un dans ton lit pour distraire, pour t'épuiser et te plonger dans un sommeil profond. Je voulais te raconter ce que ça faisait de s'imaginer errer pour l'éternité en ressassant les mêmes souffrances. Je voulais te dire à quel point je tenais à toi, à quel point ces deux années m'ont fait crever jour après jour.
Et tellement d'autre choses encore.
J'ai tellement à te dire.
Alors il ouvrit la bouche, et glissa doucement ;

- Bonjour Candyce.

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MessageSujet: Re: Valses de parapluies&charmants fragments... De souvenirs. [PV]   Lun 6 Juil - 3:46

___ « Parle si tu as des mots plus forts que le silence, ou garde le silence. »


    Si le café était somme toute relativement bruyant, le silence se fit dans sa tête dès que son portable – rallumé comme par anticipation – vibra contre sa main. Il tiqua légèrement. Agacé, le cœur fracassé par six petites lettres qui pulsèrent dans son esprit. Merde. Merde. Merde. Il ferma les yeux, ouvrit le téléphone et appuya sur la touche verte. Sa main droite se resserra sur le verre de menthe à l’eau tandis que la gauche maintenait en tremblant le téléphone sur son oreille. La voix percuta ses tympans. « Candyce ? Je t'ai pas trouvé... » Il déglutit. Laissa planer le silence. Au final, ça ne l’étonnait même pas. Après tout, il était sans illusion : La seule motivation de Nymphe devait être de lui en coller une dans la figure. De l’amocher, de le faire souffrir. Après tout, si Candyce était comme ça, il n’y avait pas de raison pour que son reflet ait uniquement des intentions pacifiques. Mais ce n’était plus le moment de penser à ça. Après tout, si le sms n’avait été qu’un instant d’égarement dans son rituel matinal, sa présence ici reflétait une toute autre vérité. Il voulait le revoir. Ne serait-ce que le temps de se faire souffrir. Il ferma les yeux, calma sa respiration et c’est d’une voix apparemment détachée de tout qu’il lui indiqua comment se rendre au café. Se faisant, il embarqua son verre de menthe à l’eau et quitta la terrasse, grimpant quatre à quatre à l’étage et se blottissant sur une des banquettes en cuir les plus éloignées de l’escalier. Juste pour avoir un peu de temps pour se préparer. Et mentalement. Et physiquement. Il s’efforça de chasser de son visage toutes les émotions gênantes qui l’envahissaient. Exit la trouille qui le tétanisait, la fébrilité qui faisait trembler son corps, la joie et la colère qui s’y mêlaient sans plus de distinctions que le rouge et le bleu du violet de son pull. Le téléphone gisait sur la banquette. Il n’y croyait plus trop, à ce fichu lien. Mais bon.

    Son regard passa à travers la fenêtre. Quelque part, pas loin, Nymphe se pressait pour arriver ici. Ou tout du moins, venait ici. A sa rencontre. Bizarrement, le soulagement s’abattit sur lui. Rien n’était joué, loin de là, mais penser qu’il faisait l’effort de se déplacer, fit monter un instant une étrange chaleur au niveau de ses joues. Pitoyable. Il était pitoyable de se mettre dans un état pareil pour quelqu’un qu’il se devait de détester. Oui. Ou pas. Il se frotta les yeux. Tout s’embrouillait dans sa tête en une sympathique purée de pensées pas toutes franchement agréables. De toute façon, pensait-il, à quoi bon ? Il y a un temps pour tous et eux sont révolus. Du moins le croit-il. Il lança un sourire séducteur au garçon de la table d’à côté avant de replonger dans ses pensées, totalement ailleurs.

    Un instant, un doute vint titiller son esprit. Qu’allait-il lui dire, une fois qu’il serait là ? Il ne savait même pas pourquoi il avait voulu le voir. Mélancolie. Certes. Mais manque surtout. Manque de lui, d’eux. De ce qu’ils furent et auraient du être. Bien évidemment, ses souvenirs n’étaient pas toujours bons, carrément abominables, des fois, mais au moins étaient-ils ensembles. Et c’était déjà pas mal, pour Candyce. Bref. Touillant une nouvelle fois le liquide vert d’un geste lent, il se mit à très sérieusement se demander quelle excuse donner à Nymphe. Rien qui fasse trop sentimental – J’avais simplement envie de te revoir – il savait qu’il n’obtiendrait qu’un regard blasé et indifférent et cela, très peu pour lui, il en avait trop subit de ces regards tièdes qui lui retournait l’estomac et lui donnait envie de le mordre, de le faire réagir, de le gifler, de le griffer, de l’embrasser... Tu me manques, Nymphe. Il ravala toutes ses vérités, les enterrant très loin. Ce n’était pas la peine d’y penser. Non. Pas du tout la peine. Que dire alors quand la vérité n’est qu’impasse… ? Il se gratta la joue, l’estomac noué. Quelque chose qui le forcerait à rester, oui. Un truc à propos du contrat stupide qu’ils avaient passé tous deux peut-être. Ou alors… Lui faire croire qu’il était amnésique ? Qu’il avait tout oublié ? Sauf lui. Et faire table rase du passé… Il frissonna, l’idée se colla à ses pensées pour ne plus les quitter. Faire croire ou être, c’était la même chose après tout, non ? Lui dire « Salut, j’ai tout oublié. Tu pourrais me faire un résumé ? » Oui. C’était une option possible. Pas bête en plus. Sympathique, presque. Un nouveau tremblement le pris. Son cœur eut un sursaut. Il sut. Il releva les yeux. Clash oculaire. Son souffle se fit court alors qu’il détaillait avec attention son reflet. Bon sang. Il enfonça ses doigts dans le cuir de la banquette et reprit un semblant de calme, se calant au fond de son siège.

    Tu penses quoi, toi,
    Tu dis rien…
    En une heure, de tes bras,
    Souffler la colère du monde…


    « Bonjour Candyce. »


    Il le gratifia d’un léger sourire et claqua de la langue avant de lui tendre son verre au trois quart plein. Allez, bois, tu dois avoir soif… Il savait que s’il ouvrait la bouche à cet instant, sa voix tremblerait tellement que Nymphe croirait qu’il était content de le revoir. Mais ce n’était pas le cas hein. C’était juste à cause du contrat qu’il voulait le revoir. Rien d’autre. Hein ? Il soupira. Visiblement, à défaut de s’en persuader lui-même, il allait devoir en persuader le reste du monde. Pourquoi ? Pour ne pas perdre la face. Pour éviter d’être – il grimaça intérieurement de dégoût – niais. Être maladroit, c’était handicapant. Être niais c’était carrément la honte. Et à choisir… Il s’humecta les lèvres et déglutit avant d’annoncer doucement :

    « Je ne te demande pas comment tu vas, je ne tiens pas à ce que tu attentes à ma vie... Enfin bon. Que je sois là ou pas, ça a pas du changer grand-chose, hein ? » Il lui lança un sourire narquois avant de se rappeler qu’il voulait – initialement – passer un peu de – bon, si possible – temps avec son reflet sans le faire fuir. Ah… Zut. Il souffla avant de reprendre. « J’aimerai qu’on reparle du truc stupide qu’on a scellé y a dix ans. »


    Le « J’aimerai » était ici à prendre comme un « Je veux et j’exige ». Il haussa doucement un sourcil et son cœur reparti danser le tango contre ses poumons. A croire que c’était tout son système que la touffe de cheveux bleus mettait en pièce. Système nerveux… Système respiratoire… Système sanguin… Du coup, pour ne pas paraître trop stupide, le jeune homme décida de penser à la vision étonnante et relativement… Hm… Vomitive ? Qu’il avait eu ce matin. Oui, vas-y mon petit, pense à Mr Arnaux en sous-vêtements sur ton palier. Voilà. Pense à la peau toute fripée et à ce ventre flasque qui retombe d’une telle façon qu’il ne doit même plus apercevoir ses pieds. Pense à sa peau luisante et grasse et… Candyce prit une longue inspiration, totalement calmé de ses envies d’allonger Nymphe sur la table et de lui faire tout ce qu’il avait si longtemps retenu. Pour se donner une certaine contenance, il murmura, avec un peu de retard, mais le regard vacillant :

    « Bonjour, au fait… »


    Sa voix ne trahissait rien de ces débats intérieurs. Ses yeux, si. Incapable de masquer son trouble, il fixait pourtant droit dans les yeux Nymphe, avec une insolence propre à ceux qui savent qu’ils sont condamnés. Il lui laissa sa menthe à l’eau et commanda un café bien noir au serveur qui passait par là. Il n’aimait toujours pas ça mais le gout amer aurait le mérite de le maintenir en état d’éveil. Pas le loisir de vagabonder. Rester droit, impassible. Ne rien lui laisser voir. Il n’était pas content de le revoir, son cœur ne battait pas de façon désordonnée, il n’avait pas envie de le prendre dans ses bras et… Un rictus déforma ses traits lorsqu’il ajouta, amer et ironique :

    « T’as l’air hyper content de me voir, dis donc, Nymphe… »


    Pas de reproches, il s’y attendait. La sous-tasse de son café cogna sur la table et il ne regarda plus que le fond de sa tasse, intensément. Tant pis pour lui, il ne méritait pas son attention, après tout, hein… ?

    Te souviens-tu de moi,
    Jusqu'au son de ma voix,
    Suis-je aussi maladroit,
    Et tristesse à la fois ?

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MessageSujet: Re: Valses de parapluies&charmants fragments... De souvenirs. [PV]   Mar 7 Juil - 22:21

Un petit verre rempli de liquide couleur émeraude fut poussé vers lui. Il le regarda à peine une seconde, gardant les yeux sur son humain d'un œil qui se voulait neutre, mais qui tenait du moineau qui observait avec scepticisme les griffes du chat grandes ouvertes dans lesquelles il allait se poser. Et tout doucement ses petites pattes se posèrent sur les coussinets ; ses cuisses rencontrèrent le plastique rembourré du siège.
Advienne que pourra.
Le verre froid communiquait avec le bout de ses doigts à peine tiède. Il se demanda ce qu'il devait en faire et si c'était important. Il porta le récipient à ses lèvres et laissa la boisson envahir sa bouche, avala et grimaça aussitôt.

- Menthe, prononça-t-il.

C'était vaguement vert, il avait cru que c'était du jus de kiwi. Il aurait du faire attention à la haute teneur en colorant qui donnait un vert saturé peu naturel. Il n'avait jamais aimé la menthe, mais ce n'était pas le moment de le reprocher, ni d'avouer comme un abruti "haha... j'ai cru que c'était... non rien laisse". D'autant plus que la voix de son humain commençait à lui parvenir.

- Je ne te demande pas comment tu vas, je ne tiens pas à ce que tu attentes à ma vie... Enfin bon. Que je sois là ou pas, ça a pas du changer grand-chose, hein ?

Ha.
En même temps il ne s'était pas attendu à.... quelque chose en particulier. Son cœur se suspendit et ses oreilles se fermèrent sur lui même, son sang battant de façon menaçante au fond de ses tympans. Mal, bien sûr, cela faisait mal. Candy n'allait pas se pointer à un rendez-vous avec un bouquet de fleurs, lui faire une petite génuflexion et s'excuser humblement de s'être comporté comme un monstre pendant des années. Pas monstre, corrigea-t-il, enfoiré. Les doigts de Nymphe se raccrochèrent à son verre. Pas de colère, mais de désespoir. Après deux ans, les premières phrases qu'ils se disaient ressemblaient à.. ça ?
Est-ce qu'il y avait quelque chose à sauver, est-ce qu'il y avait le moindre espoir pour lui encore ? Les larmes lui vinrent rapidement au bout des cils quand une partie de son cerveau enclunte aux lamentation formula "j'ai attendu toutes ces nuits, j'ai prié pour qu'il vive toutes ces heures pour ça au final?". Mon Dieu si vous existez il faudra me dire ce que j'ai pu faire de mal, dans une autre vie. Si tant est que les reflets aient une prétention à appartenir à un système de réincarnations.
Extérieurement Nymphe cacha "habilement" ses pensées en baissant la tête, mort de honte à cause de ses larmes, et de ce geste. Mais pour aujourd'hui, simplement aujourd'hui, il était prêt à ravaler son égo, acquiescer à tout ce que Candyce dirait, juste pour le garder.

- J’aimerai qu’on reparle du truc stupide qu’on a scellé y a dix ans.

Son cerveau traduit machinalement "truc stupide" par "notre pacte, celui que nous avons scellé à notre rencontre, ma seule raison de vivre et mon salut". "Truc stupide donc". Il s'accorda deux secondes pour sécher ses yeux à la seule force de ses battements de cils.
Et il s'évita de chougner en public -et accessoirement devant Candyce, releva de nouveau la tête et entortilla ses doigts dans ses mèches bleu, fixant un reflet sur la table pour l'instant.

- Oui notre pacte.

Il lissa la mèche qu'il tripotait puis releva ses yeux bleu sur les autres, arrivant à leur conférer une allure calme pendant au moins quelques secondes. Il ne fit pas remarquer à sa moitié que ce n'était pas lui qui l'avait jarté, pas lui qui était parti sans nouvelles, pas lui qui n'avait pas répondu aux sms angoissé qu'il recevait, et que c'était hilarant de lui reprocher une quelconque "froideur". Sauf que ce n'était pas drôle du tout, si Nymphe avait la tête dans les nuages en permanences, Candyce devait évoluer dans une réalité passablement distordue.
Mais il attendrait de trouver des mots plus diplomatique pour glisser cette idée. En attendant il agitait nerveusement ses jambes, attendant docilement que son "maître" ne se décide à aborder le sujet de lui-même. Quand son bonjour lui fut enfin rendu il n'eut qu'un battement de cils assez bref comme toute réaction, ne se permettant aucune réflexion. Il le laissa commander un café -un café noir, voilà bien une chose que lui, son reflet, ne commanderait jamais. Ils étaient si différents... avaient-ils des points communs au fait ?- son esprit errant sur certaines petit bizarreries de la réalité. Comme l'impression que ça lui faisait, de voir son humain bouger en live après ne pas l'avoir vu pendant deux ans. Se dire qu'il avait vécu à côté de lui depuis ses onze ans, rattrapé à grand coups de photo les années qu'il avait loupé et assisté à presque tout le reste de sa vie, jour après jours, et soudain avoir sept cents jours de noir, de vide, pendant lesquels Candy aurait pu faire n'importe quoi. N'importe quoi.
Et puis revenir le voir.
Sois fort Nymphe, sois fort.

- T’as l’air hyper content de me voir, dis donc, Nymphe…

Les yeux ciel s'avouèrent blessés. Et au delà de la douleur, qui finalement n'était qu'une vieille amie retrouvée, Nymphe cherchait frénétiquement. Parmi tout ce qu'il savait de Candyce, tous les rôles qu'il avait joué auparavant, toutes les réactions, les morceaux de disputes dont il se souvenait. Il cherchait le code, le mot de passe, le moyen de s'infiltrer dans le système, et de déverrouiller toute les protections. Trouver ce que Candyce attendait. Et ce qu'il attendait il commençait à le savoir, même si ça le répugnait autant qu'un enfant rétif à embrasser son frère.
Faire semblant d'aimer quelqu'un ? Les mêmes arguments lui revinrent. On ne feint pas l'amour, surtout que son humain avait en permanence les yeux grand ouverts sur chaque réaction, phrase, la moindre petite attention qui sera oubliée il la verra.
Nymphe ferma les yeux, longtemps, quelques secondes donc, pour se donner l'air de réfléchir. Quand il les rouvrit ses iris semblaient s'être foncé de deux tons au moins, et il avait clairement abandonné l'idée du "reflet docile qui ne dit rien et cherche à faire plaisir à son humain".
Parce que plus que tout le reste, plus fort que sa fierté, plus fort que le confort de ses stratégies enfantines, il y avait la peur d'autres années sans un mot, l'angoisse de le revoir partir, et d'être de nouveau aussi misérable qu'avant. Pour éviter ça il était prêt à faire un pied hors de ses rêves, ranger dans un coin tout ce qu'il avait été jusqu'à présent pour s'intégrer dans le monde réel.
Pour l'empêcher de partir il pourrait lui couper les jambes.

- Je suis nerveux d'accord ? Ça fait deux ans que tu ignores mes messages et maintenant tu veux me revoir. C'est toi qui a la tête du type qui se demande ce qu'il fait là. Moi je...

Quelque chose le freina, il passa un bout de langue sur ses lèvres avant de cracher son cœur qui forçait dans sa gorge.

- Moi j'ai fait qu'attendre que tu m'appelles.

Voilà c'était dit. Et c'était vrai en plus. Quelque part au fond il était fier. Mort de peur d'être blessé en exposant ses vrais sentiments à jour mais fier d'avoir pu dire quelque chose qu'il pensait vraiment. Tous ces mois de vie miséreuse entre job, appartement miteux et livres bon marché, juste pour pouvoir lui dire les yeux dans les yeux qu'il n'avait fait que l'attendre, mettre sa vie en suspens jusqu'à son retour, et qu'il n'était certainement pas allé se consoler ailleurs lui.
Il ne soupçonnait pas vraiment Candyce d'avoir eu une ou plusieurs relations, c'était une certitude comme le soleil qui se levait tous les matins. C'était facile d'appuyer dessus, aussi ne le ferait-il pas. Il n'allait pas reprocher à Candy sa vie privée, rien que ce qui concernait leur relation prendrait un temps appréciable. Il attrapa un autre serveur au vol pour demander un jus de kiwi -miracle il semblait qu'il y en avait- afin de montrer... qu'il avait une bouche lui aussi ? Il ne savait pas trop, mais il sentait confusément que ça lui conférait un certain aplomb.
En attendant il croisa ses doigts entre eux, adoptant délibérément des gestes qui ne lui ressemblaient pas pour ne pas se recroqueviller dans son cocon protecteur.

- Pour "ce truc stupide" on peut attendre avant d'en parler si tu veux. Avant tu pourrais me raconter ce que tu as fait pendant ces quelques mois, comme une personne civilisée.

Soyons clairs il ne voulait pas le savoir. Il espérait que Candy aurait assez de tact pour ne pas évoquer principalement le nombre de personnes avec lesquelles il avait couché et les positions et les endroits qui allaient avec.

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Candyce C. Highborn
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MessageSujet: Re: Valses de parapluies&charmants fragments... De souvenirs. [PV]   Mer 8 Juil - 0:55

___ « L'envie qui parle et qui crie est toujours maladroite ; c'est l'envie qui se tait qu'on doit craindre. »


    Candyce se pétrifia. Il accusa les mots sans rien dire, sans même réagir. Son regard resta un long moment fixé sur lui. Il savait qu’il avait foiré. Aussi lorsqu’il vit les larmes embuer les yeux de son Double, quelque chose se creva en lui. Peut-être ne les vit-il pas vraiment, peut-être les devina-t-il simplement. Tout doucement, il tendit la main vers lui et essuya tout doucement les traces mouillées. Tout doucement, du bout des doigts, il frôla sa peau. C’était le premier geste qu’il faisait vers lui, presque tendre, quasiment repentant. Ses doigts ne quittèrent pas la joue, insecte attiré par la lumière un peu trop forte. Il analysa les phrases. Très lentement. Il prit le temps de remâcher les mots. Un par un, lentement. Il retourna les phrases, les disséqua. Qu’avait-il fait durant ces deux années lui demandait-on. Il ferma les yeux, déglutit. Au fond, il savait parfaitement ce qu’il avait fait : Il avait fuit. Il s’était fuit lui-même, tout d’abord. Ça, il en avait parfaitement conscience. S’il avait pris la poudre d’escampette c’était pour oublier les yeux bleus qu’il voyait partout et pour oublier – aussi – à quel point, au fond, il avait provoqué sa perte. Lui-même. C’était une punition, au fond, aussi, quasiment. Une sorte de « Puni de sortie » qu’un de ses pères aurait prononcé sur un ton faussement grondeur. Sauf que là c’était « Interdiction de voir la personne à laquelle tu tiens le plus » de la voix nasillarde et suffocante que son esprit prenait. Il fonçait droit dans le mur à vive allure et s’éloigner avait aussi été une bouffée d’air. Il avait finalement découvert qu’il n’était pas forcé de tout le temps attaquer, d’être instantanément sur la défensive offensive. Il esquissa doucement une caresse sur sa joue, l’air toujours profondément pensif. La deuxième chose qu’il avait fuit était précisément l’être qu’il voulait retenir aujourd’hui. Il était contradictoire, oui. Et impulsif, cela il n’avait de cesse de se le reprocher. Pourtant, là, maintenant, il prenait le temps de peser ses mots. Ce qu’il cherchait était pourtant simple : que dire à Nymphe pour le convaincre qu’il n’était pas irrécupérable et que – peut-être un jour – il serait potentiellement aimable ? Et dans le sens premier du terme, s’il vous plait. Oh, bien sûr, il crevait encore de peur de retomber dans ces vieux travers, ceux qui étaient gravés dans son comportement, ceux qui les faisaient souffrir tous les deux. Sa main glissa doucement le long de sa joue. Souviens-toi… Il déglutit doucement. Le masque se fissura un peu. Très légèrement. Juste assez pour qu’il perde cette impassibilité moqueuse et insolente. Juste le visage de quelqu’un qui ne sait plus trop ce qu’il doit faire. Qui ne sait plus trop pourquoi on en était arrivé là. Qui ne sait plus trop ce qui le retient. Il ferma les yeux. Il soupira. Son bras glissa doucement autour du cou de l’autre et il se leva pour lui déposer un baiser sur le front avant de se rassoir, reprenant ses airs de glaçon sans cœur.

    Oh, son geste n’avait pas été calculé. C’était spontané, dérisoire. Un baiser contre toutes tes peines, on efface tout ? Il ferma les yeux et poussa un léger soupir avant de s’humecter les lèvres encore une fois. « Ces quelques mois ». Soit il s’agissait d’ironie, soit Nymphe le pensait réellement et Candyce ne comprenait vraiment pas ce qu’il fichait là alors. Doucement, se furent d’autres mots, qui lui revinrent et – pour une fois – une réelle sincérité. Alors il ramena ses jambes contre son torse, mettant les pieds sur la banquette – et au diable les interdictions – et commença tout doucement son récit. Après tout ça ne lui coûtait rien. Et puis c’était sa catastrophe bleue, après tout, il était en droit de savoir plus qu’un autre.

    « Si je devais résumer ça en quelques mots, ça serait : J’ai survécu. » Il laissa échapper un léger gémissement de lassitude. Que dire sans s’enfoncer, maintenant ? Jouer carte sur table et le laisser se démerder ou arranger la vérité comme il avait l’habitude de le faire… ? Et puis… Et puis tant pis. Il n’avait plus de cartes en main, de toute façon. « J’aurai fini par te blesser à faire crever ton esprit, si j’étais resté Nymphe. » Ou tout du moins il en avait l’impression. Sur ce, il reprit, le menton appuyé sur ses genoux : « Je suis parti en mission humanitaire. En Afrique. Et puis j’ai essayé de t’oublier. J’en étais malade. Je t’ai jamais répondu mais j’ai gardé tous tes messages… Y a que toi qui avait mon numéro. » Il hésita un instant, cligna des yeux, troublé : « Et puis là-bas, j’ai rencontré quelqu’un. Mais au final c’était pas correct ni pour lui ni pour moi qu’on reste en contact. Il m’a aimé, je l’ai aimé. Mais au final t’es toujours là. Je dois être masochiste. »


    Everything you do is irresistable
    Everything you do is simply kissable
    Why can't I be you ?


    Il se sentait misérable au possible. Pourtant au final, le dialogue avait été donnant-donnant. Nymphe lui avait dit… Ce qu’il lui avait dit et lui en contre partie ne lui avait rien caché de ses agitations cardiaques des deux années passées. Il soupira, vida la tasse de café d’un trait pour se donner une certaine contenance avant de grimacer. Dégoûtant. Définitivement. Il souffla doucement sur une mèche de cheveux qui cascadait sur ses yeux et laissa s’épaissir un peu plus le silence. Il se sentait intimidé. Littéralement. Et son esprit carburait à toute vitesse. Que dire ? Que faire ? Et comment envisager la suite de cet entretien ? La tension nouait ses épaules et sa respiration semblait n’en faire plus qu’à sa tête. Quelle merdier, murmura-t-il intérieurement, mais quel merdier. C’est ainsi qu’il songea – mieux vaut tard que jamais – qu’il serait peut-être temps de s’excuser. S’excuser de quoi exactement, il n’en savait rien, mais s’excuser tout de même. Au pire, si on lui demandait pourquoi, il baratinerait, et tout le monde serait content. Oh, bien sûr, il se doutait bien qu’on ne se laisserait pas amadouer aussi facilement. Candyce n’aurait jamais eu l’audace de le considérer comme dupe et il sentait bien que la comédie du « Je n’existe que pour mener à bien ma mission et je ferai la carpette pour ça.. » était belle et bien fini. Et au final, ça le rassurait. Et au final, il préférait. Et au final, ça lui plaisait. Mais il ne dit rien, faut pas pousser papy dans les orties.

    Du coin de l’œil, il avisa le serveur revenir avec un verre contenant une substance verte et grumeleuse que son cerveau analysa bien vite comme étant du jus de kiwi. Ah oui. C’était le kiwi et pas la menthe. Quel abruti. D’un geste las, il se passa une main sur le visage avant de réagir au quart de tour et de payer à la place de son reflet. Oui ben, c’était peut-être un geste ô combien intéressé, mais ça ne coutait rien de faire semblant d’être gentil. Surtout lorsque l’on tente de ne pas faire fuir quelqu’un. Surtout. Il lança un sourire angélique à son vis-à-vis avant de lancer avec désinvolture :

    « Je t’ai plus ou moins forcé à venir alors je t’invite. Et pas la peine de protester, je suis buté et tu le sais. »


    Oui, évidemment, Nymphe était le mieux placé pour connaître le sale caractère dont la nature l’avait doté. Il attrapa pensivement la paille rose qui trainait dans le verre de menthe et la fit rouler entre ses doigts. Il se sentait à court d’imagination, là. A sec. Il pensait qu’il pourrait gérer – une conversation avec son reflet, ce n’était pas la mer à boire ! – mais il se trouvait à présent désagréablement démuni. Il cligna des yeux. Ah oui. Les excuses. Mais comment placer ça dans ce vide total qui les séparait tous les deux. Ce gouffre. Cet écart incommensurable. Il se frotta les yeux, entoura ses genoux de ses bras, l’air d’un enfant vulnérable et continua à l’inspecter sans compromis. Au final, il ne souhaitait même pas détourner le regard. Rattraper le temps perdu, aurait susurré la plus niaise des personnes. Mais ça, il refusait de s’y résoudre. Plutôt mourir que de balancer une phrase bateau pareille ! Il allait faire les choses à sa manière et advienne que pourra ! Il baissa les yeux sur ses mains, tripotant nerveusement ses doigts et finit par articuler, la gorge sèche :

    « Je crois qu’avant même qu’on évoque notre contrat – il insista particulièrement sur le mot – j’ai des excuses à te faire. De très très longues excuses que je ne vais pas détailler sous peine de monopoliser la conversation. Enfin voilà. Je suis désolé. Et il semblait même l’être. Il souffla doucement dans la paille et lui adressa un sourire mi-figue, mi-raisin. Mi-malicieux, mi-triste. Oui, c’était faisable. La preuve. Il se mordilla la lèvre inférieure avant de poursuivre : « Je sais que ça compte pour toi, ce contrat, ce pacte ou quoi que ce soit… Donc voilà et puis… Pour t’avoir jeté dehors aussi, j’te demande pardon. Il t’ait rien arrivé, au moins ? »


    Genre, dis-moi, Nymphe, tu te drogues pas, tu te prostitues pas et tu t’es pas fait violer hein ? T’as dormi dans un carton ? Allez, crache le morceau, me laisse pas douter comme ça, pitié.

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MessageSujet: Re: Valses de parapluies&charmants fragments... De souvenirs. [PV]   Mer 8 Juil - 19:58

Nymphe ne fit pas un mouvement, Laissant les doigts toucher sa peau et -avec un peu de honte- trouver ses cils un peu humides. Mais Candy ne semblait pas se moquer de lui, alors il le laissa, pas parce que c'était son humain et qu'il s'écrasait patiemment en tant que reflet, mais parce que le domaine du toucher lui était inconnu et qu'il n'aurait eu aucune idée de la réaction à avoir. D'ailleurs le plus logique lui semblait de rester immobile, et sa dignité lui interdisait de frotter sa joue conte la main de Candyce comme l'aurait fait un chaton en quête d'affection. Il n'était pas en quête d'affection d'abord, et aurait foudroyé du regard la première personne qui lui aurait balancé une phrase aussi débile au visage.
Le contact semblait agiter quelque chose du côté de Candyce. Son côté tactile n'était pas vraiment une nouveauté après tout. Mais les yeux verts s'étaient adoucis, posés sur autre chose que la réalité, et un instant l'humain eut l'air... moins agressif, moins enclin à lancer méchamment des piques. C'était une expérience bizarre, qui l'amenait à se rapeller de l'époque où son autre moitié avait été plus candide que cruelle. C'était vraiment lui qui l'avait rendu comme ça ?...
C'est pas de ma faute... il est tombé... il... s'est lui qui s'est embrouillé le premier, se justifia-t-il plus ou moins.
Il resta parfaitement immobile, recevant un baiser sur son front. En général il rejetait avec force toutes les approches de Candy' qui lui semblaient "de trop". Mais pour l'heure... il commençait à appréhender qu'un baiser était moins douloureux que ce par quoi ils les remplaçaient d'habitude. Cris, reproches...
Quand il se rassit, Candyce ressemblait à Candyce. Nymphe le regarda se recroqueviller, regrettant de ne pas être à côté de lui plutôt qu'en face. Il aurait pu lui poser la main sur l'épaule ou lui apporter un réconfort moins platonique, il n'aurait pas été obligé de le regarder de front comme ça. Puis il écouta. Et les premières phrases lui firent intérieurement froncer des sourcils. Mission humanitaire ? Il pensait avoir de l'imagination mais pas assez pour se représenter Candy' en train de prendre soin d'autres personnes. Il ne l'avait jamais fait auparavant. Il avait peut-être nécessité quelques jours d'apprentissage, pensa-t-il ironiquement.
L'ironie c'est tout ce qu'il avait. Son humain avait commencé par une ouverture digne d'une dissertation, essayait même de le persuader qu'il avait agit dans son intérêt, ce qui était du point de vue de Nymphe assez grossier et audacieux. Et petit à petit on en viendrait aux relations qu'avait eu sa moitié, parce qu'il aurait été impossible qu'il n'en ai connu aucune, et tout aussi impensable qu'il n'en parle pas. Et si Candyce préparait à ce point le terrain pour en parler c'est que ça allait être particulièrement douloureux à avaler. Tout ça avec l'instinct. Son imagination prenant le relais, il envisagea très facilement qu'on allait lui annoncer une grossesse ou Dieu sait quoi du genre.

- Et puis là-bas, j’ai rencontré quelqu’un. Mais au final c’était pas correct ni pour lui ni pour moi qu’on reste en contact. Il m’a aimé, je l’ai aimé. Mais au final t’es toujours là. Je dois être masochiste.

Nymphe essaya de se persuader que "ça aurait pu être pire". N'empêche que les jointures de ses lèvres s'étaient tordues même s'il faisait de son maximum pour ne pas grimacer et ne pas afficher un sourire dégouté et blasé. Il en fut le premier surpris, Candy' avait couché sous son nez avec un nombre incalculable de personnes. Une de plus qu'est-ce que ça pourrait faire ? Même si le "une de plus" avait été une relation plus sérieuse que les autres apparemment, puisque seule, et qu'elle était intervenue à un moment où il était loin de son humain, un moment où lui, sa moitié ne savait même pas s'il était en vie.
Oh il a bon dos le "je suis parti pour toi". Il n'a fait que prendre du bon temps mais ce n'est pas comme si c'était surprenant.
Le reflet avait déjà expérimenté la colère, chose de laquelle il était plutôt éloigné en temps normal et qu'il avait découvert grâce à Candyce. Il avait déjà eu envie de le baffer pour expulser ce venin bouillonnant, mais jamais jusqu'ici il n'avait désiré lui arracher les yeux. Ou la langue, mais les yeux étaient plus satisfaisants à visualiser. Il voulait lui faire mal, au sang. C'était peu agréable, c'était quelque chose de plus dense encore que la colère, quelque chose qui ne sortirait pas. Dans un élan de pacifisme désespéré il pensa "stop, il ne va rien se passer, je vais me lever et partir, tout simplement, j'irais dans le miroir, je demanderais si je ne peux pas défaire notre contrat. Ensuite je mourrais et peut-être que je renaîtrais attaché à une autre personne". Il n'y avait même pas de partie de sa tête au sang encore froid pour le tempérer et lui dire "hey du calme c'est pas grave". Non c'était grave. Et plutôt que partir il devait réfléchir à une façon plus ou moins... ...civilisée... d'en faire part à Candyce.
Il cacha son visage qu'il essayait tant bien que mal de garder figer dans ses mains, et se frotta longuement les joues, s'enfonçant les yeux à l'intérieur des orbites.

- Tu es parti pour éviter de me blesser? souffla-t-il

Ses mains étaient toujours sur son visage. Ça le calmait. Son esprit était... blanc.

- Tu es... parti... Parce que tu m'as mis à la porte et que tu ne voulais plus me voir. Il n'y avait rien d'autre alors s'il te plaît... n'essaie pas de prétendre le contraire.

Il n'avait pas élevé la voix, celle-ci s'était faite distante. Si Candyce essayait de revenir là-dessus il perdrait tout self-control. Peut-être que ça avait été un bien pour un mal cet éloignement mais qu'on essaie pas de lui faire bouffer des limaces, Candyce n'avait pas eu son bonheur en tête quand il était parti.
Ses mains quittèrent ses yeux, se posèrent sur la table, puis glissèrent sur ses cuisses alors qu'il collait sa colonne vertébrale au dossier de sa chaise, prenant le temps de lancer à son humain un long, long regard noir.

- J'ai pas compris ce que tu voulais dire. "Je l'ai aimé, mais au final t'es toujours là". Si je te gène on sait tous les deux quoi faire pour que je disparaisse. Et finalement je ne veux plus jamais habiter avec toi. Alors si on doit se revoir ce sera lors de rendez-vous comme celui-ci. Et dans ton super lit toujours peuplé tu auras le temps de regretter à loisir d'avoir laissé ta charmante aventure pour me donner un signe de vie.

Il dut reprendre sa respiration. Jamais il n'avait enchaîné des phrases si longues avec autant de hargne. En baissant les yeux il se rendit compte que ses poings étaient serrés sur ses cuisses. Une seconde où deux il se rendit compte qu'il venait de parler comme un être humain normal, et pas quelqu'un de rêveur et détaché de tout comme il avait toujours été. Il s'en fichait. Il avait encore des choses à dire, même si c'était cahoteux et que les liens entre ses phrases était pas toujours évident.
Il avait envie de revenir sur cette "relation" dont il ne savait rien. Il aurait aimé trouver des arguments irréfutables pour descendre Candyce en flammes. Malheureusement il n'avait rien de bien concret, rien à revendiquer.

- Et puis... et puis tu te fous de moi, tu crois que j'ai envie de te voir après que tu aies passé tes journées dans les bras d'un... type, acheva-t-il à défaut de trouver autre chose, et que tu te sois décidé un jour à revenir parce que tu en avais marre de...

Le serveur crut bon d'amener son verre à ce moment précis, l'interrompant avec une satisfaction plus que visible et Nymphe eut l'impression que le monde entier -au moins- lui en voulait. Il se tut, regardant rageusement sa boisson préférée qu'il n'avait même plus envie de boire, les tripes toutes remuées. Et si Candyce n'aimait ses petits caprices ? Et s'il décidait de partir ? Il le ferait tomber dans les escalier et l'enverrait à l'hôpital, il ne pourrait plus s'envoler pour une mission humanitaire à la con qui lui servait d'agence matrimoniale.

- Je t’ai plus ou moins forcé à venir alors je t’invite. Et pas la peine de protester, je suis buté et tu le sais.
- C'est pas grave, répondit-il d'un ton encore acide, j'ai pas beaucoup d'argent de toute façon.

Il mit quelques secondes sa colère de côté pour se rapeller que -au fait- il était actuellement strip-teaser et que ce n'était pas très reluisant. Mieux valait que Candy n'en sache jamais rien. Il mourrait de honte s'il devait lui dire.
Il s'enferma dans un silence rageur que son humain ne chercha pas à briser, lui donnant le loisir de remuer pensées noires, suppositions, fantasmes de violences et tout un tas de choses très agréables.

Quand Candyce reprit la parole il se passa le truc le plus improbable de toute sa vie. Des excuses, plus ou moins complètes et qui avaient même l'air sincères. Nymphe retint le "je sais pas avec qui t'as couché tout ce temps mais on dirait qu'il t'as vraiment changé dis donc", pour le laisser continuer.

- Non il m'est rien arrivé, finit-il par répondre l'air plus que boudeur. C'est gentil de te rendre compte que c'était important (même s'il me semble que je le répète assez souvent depuis quelques années -calme Nymphe) mais tu vois j'aimerais qu'on discute d'un truc très important.

Oui très important parce qu'il en avait marre de ces situations impossibles.

- Jusqu'à ce qu'on finisse ce contrat, jusqu'à ce que je te foute une paix royale et éternelle, je ne veux plus que tu aies d'amants.

Il haussa les sourcils en saisissant son verre, les cinq doigts élégamment disposés sur le rebord, comme pour se donner l'air d'exiger une chose parfaitement raisonnable et indiscutable.

- Comme ça tu seras d'autant plus pressé d'accomplir notre promesse et ça nous simplifiera grandement la vie. Tu n'es pas d'accord ?

Comme s'il s'attendait à ce qu'il soit d'accord. D'ailleurs il avait à moitié conscience de dépasser les bornes en demandant ça mais après tout... lui n'avait jamais eu de problème avec sa libido, pourquoi sa moitié n'arriverait-elle pas à surmonter des pulsions primaires? Il porta le jus de kiwi à ses lèvres, et ma foi était trop sous tension pour en apprécier le goût. Il allait mettre du temps à s'en remettre de celle-là. Cette "liaison". A coup sûr plus tard il quémanderait des informations, histoire de s'enfoncer un peu plus et de se faire ses horribles films avec un peu plus de précision.

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MessageSujet: Re: Valses de parapluies&charmants fragments... De souvenirs. [PV]   Mer 8 Juil - 22:41

___ « Tout salaud qu'on soit, on n'est pas moins naïf et susceptible de déceptions. »


    Candyce encaissa tout sans rien dire. Du moins pas dans l’immédiat. On visage se fit masque de marbre. Oh, l’autre piétinait son cœur comme un paillasson, bien sûr. Mais, au final, les reproches qu’il lui portait lui donnait envie de doucement sourire. Parce que certains n’étaient pas justifié et que le voir s’énerver après qu’il eut – même brièvement – évoqué Waël ne put que le troubler. Il réprima violemment l’air de satisfaction qui tentait de percer sur son visage. La seule chose, là dedans, qui le blessait encore était le doute qui avait percé dans la voix de son vis-à-vis. Les raisons de son départ… Il passa une main sur son visage, resserrant encore un peu plus ses jambes contre son torse, mal à l’aise. Il ne lui mentait pas. Vraiment pas. S’il l’avait mis à la porte, c’était un coup de sang, il l’admettait. Mais il n’était pas parti à cause de ça. Et encore moins parce qu’il ne voulait plus le voir. Oh, bon sang, non. Peut-être n’avait-il pas pensé exactement au bonheur de Nymphe, oui. Par contre il avait pensé qu’il n’avait plus envie d’espérer en vain et de le torturer avec des choses que son esprit n’arrivait pas à cerner. Tu sais, Nymphe, les sentiments ? Ces petites choses qui agitent les poupées de chair que nous sommes ? L’envie, le besoin, le manque… Même pas l’amour, Nymphe, même pas. Pourtant il ne dit rien. Pas tout de suite. Attendre encore. Il aurait voulu lui dire à quel point, sans lui, malgré les bras qui l’entouraient, ça avait été dur. Il aurait voulu lui expliquer que si Waël n’avait pas été là, lui, il serait mort. Mort de chagrin parce qu’il ne voulait pas revenir en Italie, revenir vers lui défait comme il était. Il ferma les yeux. Repenser à tout cela était pénible. Il sentait son estomac se tordre et avait du mal à calmer les tremblements convulsifs qui le secouaient. Il ne fallait pas que Nymphe le remarque. Non. Il y perdrait tout. La face, tout. Ses mains se resserrèrent douloureusement sur les plis de son jean. Tout n’allait pas bien non. Il aurait du rester en Egypte. Il aurait du tout envoyer en l’air, le boulot de bibliothécaire, tout. Nymphe aussi. Mais… Sa gorge se serra et il enfouit son visage contre ses genoux. Pas honteux. Juste totalement démuni. Démuni devant la quasi rage de Nymphe à son égard. Démuni qu’il lui fasse enfin payer. Pourtant… Pourtant… Est-ce qu’il y avait un côté positif, à tout cela ? Est-ce qu’au fond Nymphe était jaloux ? Il ferma les yeux, se repliant encore un peu plus sur lui-même. Jaloux de quoi, alors ? ou de qui ? Il rouvrit les yeux, un rictus ironique au visage. Non. Pas de fausse joie, surtout pas.

    Doucement il releva la tête et reprit sa position initiale, appuyant son menton sur ses genoux. Que lui dire à présent ? Comment lui expliquer qu’il se trompait ? Que ce n’était pas ça ? Qu’il ne voulait pas dire qu’il était une gêne ou quoi que ce soit du genre… ? Il toussa doucement, se racla la gorge et s’essuya les yeux, sourire désabusé au visage. Il s’était promis de ne pas flancher pourtant. Il s’ébroua, reprit son souffle et recommença, toujours sans hausser la voix, toujours si doucement qu’à son avis, même Nymphe devait tendre l’oreille pour l’entendre. Les yeux rivés dans les siens, l’air calme, il disséquait intérieurement ce qu’il devait lui dire. Ce qu’il se devait de correctement expliquer. Et puis, plus que tout, il ne devait pas le braquer. Il devait repousser toutes les remarques douteuses qui lui venait en tête, toutes les remarques blessantes qui roulait sur sa langue. Parce qu’il ne voulait pas le savoir loin de lui. Mais on n’a pas toujours ce qu’on veut, n’est-ce pas… ?

    « Tu te trompes, tu sais… ? » La voix était un peu fébrile, un peu mal assurée. Il s’exposait et il avait du mal à le supporter. Beaucoup de mal. « Tu as le droit de ne pas me croire sur les raisons de ton départ. C’est pas grave. Mais je ne suis pas parti parce que je n’avais plus envie de te voir et – surtout – je suis revenu parce que je supportais plus de plus te voir. » Oh, Nymphe serait sceptique. Après tout n’était-ce pas lui qui avait coupé les ponts ? Il souffla doucement et murmura : « Moi j’ai pas envie de me débarrasser de toi. Toi, si tu préfères… On peut tout arrêter et je peux repartir. En Egypte, n’importe où. Aussi improbable que tu ne le crois, les autres n’ont pas d’importance. Toi tu comptes. Le pacte, tout ça… Moi j’m’en fous. »


    Après tout, le pacte ne pouvait rien lui apporter de bon. A cause de cela, il disparaitrait. Et Nymphe aussi. Et ça, il ne voulait pas. Pourtant… Avait-il seulement le choix ? Il devait admettre qu’apparemment, non. Surtout s’il voulait passer un peu plus de temps qu’un simple rendez-vous tous les trente-cinq du mois. Son regard se focalisa sur un point au loin et il quitta sa position fœtale, s’affalant sur le dossier, les yeux fixés sur lui sans tiquer. Il ne voulait pas qu’il se plie devant lui et ne voulait pas qu’on l’asservisse avec des conditions. Du moins s’il ne pouvait pas en poser lui aussi. Il aimerait pouvoir vivre sans heurts. Vivre tranquillement comme ces personnes qu’il croisait dans la rue et qui se baladaient tranquillement avec leur double. Oh, bien sûr, il extrapolait. Il ne pouvait pas savoir qui était un reflet ou non. Mais voilà. C’était tout. Lui était condamné à n’avoir qu’une relation conflictuelle et chaotique avec quelqu’un qui, à présent, le détestait visiblement. Il s’étira en baillant, il guetta une réaction. Et puis finalement, brûlé par l’impatience, il claqua de la langue et murmura :

    « Si tu poses une condition, je veux en poser une aussi. »


    Déterminé, il lui lança un regard grave.

    Défoncé défonce moi ; moi sans dessous dessus…


    Il savait déjà ce qu’il avait en tête. Il savait déjà ce qu’il voulait et comment. Oh, c’était égoïste et il en était conscient. Il savait aussi que Nymphe y répugnerait. Après tout, c’était ça. Aux yeux de Nymphe, il devait être répugnant. Quelque chose de pourri. Quelque chose qui l’affectait, le rendait malade. Il joua nerveusement avec la paille et posa bien à plat ses mains sur la table, s’approchant de lui jusqu’à ce que leur front se frôle. Il ne lui réclamait aucunes faveurs physiques. Il savait que Nymphe préfèrerait mourir que de lui accorder quoique ce soit. Il se gratta la joue, enroulant au passage une mèche entre ses doigts. Nymphe lui avait dit ne plus jamais vouloir habiter avec lui. Manque de bol, Candyce ne voulait que ça. Il était prêt à ne coucher avec personne. Après tout, ça ne lui avait jamais spécialement plu. La seule chose qu’il voulait c’était être avec lui. Rien d’autre. Il ne réclamait rien d’autre de sexuel ou de sentimental. Il avait laissé ses ambitions dans sa valise. Ca n’était pas la peine et il n’obtiendrait jamais rien. Il s’était résigné. Il finissait toujours pas se résigner de toute façon. Il posa son front contre celui de Nymphe. Il l’acculait, cherchait à le coincer. Il le regardait. Pas menaçant. Sans vouloir prendre le dessus ou quoique ce soit. Il voulait qu’il l’écoute. Et pour ça il fallait qu’il le regarde. C’est juste un murmure qui fila entre ses lèvres, qui exprima toute la volonté de ce visage réduit à son expression la plus neutre :

    « La seule chose que je te demande, Nymphe, c’est de revenir habiter avec moi. Je sais que ça te coûte mais à moi aussi, ton exigence me coûte. Œil pour œil, dent pour dent, la balle est dans ton camp. »


    Je veux.. J’exige. Deux verbes qu’il maitrisait parfaitement. Mais ne je ne veux pas te contraindre. Certainement pas. Pourtant on aurait presque dit qu’il tentait de l’intimider. Ce n’était pas le cas. Il se recula, fouilla dans son sac et sortit une pomme dans laquelle il croqua. Il n’avait pas faim. Il n’aimait même pas les pommes. Il avait juste besoin de s’occuper à autre chose qu’à son reflet. C’est pour cela que son regard se perdait sur la salle et plus sur son vis-à-vis. Ne pas lui donner le sentiment qu’un « oui » le rendrait heureux. Et pourtant.

    Il lui jeta un regard en coin et prit une seconde bouchée.

    J’ai besoin de toi, moi.

    Déchiré déchire moi , moi sans dessous dessus…

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Dernière édition par Candyce C. Highborn le Lun 13 Juil - 16:25, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Valses de parapluies&charmants fragments... De souvenirs. [PV]   Jeu 9 Juil - 11:00

Revenu parce qu'il ne supportait plus de ne pas le voir ? Nymphe aspira un peu plus de jus vert entre ses lèvres, laissant le tout piquer sur sa langue pour ne pas relever. Il s'imaginait Candyce dormant dans les bras d'un individu X retomber par hasard sur son portable et repenser à son reflet, se demander "tiens et si j'allais faire un tour, voir si Nymphe est encore en vie".
S'il y avait une chose qu'il reprocherait toujours à Candyce, c'était de se précipiter près de la chaleur humaine, tout le temps, quand ça allait, quand ça n'allait pas... alors que lui malgré tout ce qu'il pouvait lui arriver il devait toujours l'endurer seul. Il n'y avait jamais eu personne pour le prendre dans ses bras. C'était peut-être de la jalousie très mal placée ou l'envie que son humain souffre à sa juste mesure, de façon égale à la sienne.

- Moi j’ai pas envie de me débarrasser de toi. Toi, si tu préfères… On peut tout arrêter et je peux repartir. En Egypte, n’importe où. Aussi improbable que tu ne le crois, les autres n’ont pas d’importance. Toi tu comptes. Le pacte, tout ça… Moi j’m’en fous.
- Non, lâcha-t-il avec précipitation, tu ne partiras nulle part. Ça va bien les conneries. Et puis ton cher et tendre ne t'attendra pas.

Ses yeux luirent dangereusement, pendant une seconde ses iris bleues semblaient avoir trouvé instinctivement la façon de lancer un "regard si lourd et glacial qu'il aurait pu paralyser n'importe qui". Il en aurait été fier s'il s'en était rendu compte. Sa colère expirée, il se pencha sur la fin de la phrase qui méritait qu'on y porte un peu d'attention. "Les autres n'ont pas d'importance. Toi tu comptes. Le pacte je m'en fout". Oui il savait bien qu'il se foutait du pacte. Pourtant, timidement, le reflet s'aventura à penser dans une autre direction, comme foulant prudemment du pied un chemin qu'il avait fait semblant de ne pas voir depuis très longtemps. Si... de façon hypothétique Candyce essayait de dire qu'ils n'étaient pas obligés d'accomplir le pacte, pas parce qu'il se foutait de son vœu, mais parce qu'il ne voulait pas que son reflet disparaisse -très hypothétiquement- alors... Vivre une vie sans accomplir de pacte ? La possibilité s'ouvrait sous ses pieds comme un abîme sans fond. Non non... ça allait à l'encontre de tout ce qu'on lui avait appris. Il n'y avait qu'une façon d'être heureux, c'était d'être enfin unis à son humain. S'il vivait il ne ferait que continuer à souffrir. Encore et encore. De toute façon il avait vécu toute sa vie dans l'optique de la finir le plus rapidement, sans rien qui ne le rattachait. Il n'avait pas d'ami, peu de connaissances, rien à perdre, juste une tête pleine de souvenirs et de pensées, et il laisserait derrière lui une chambre vide remplie de livres et un casque muet. Et ça n'avait aucune sorte d'importance. Il avait vingt-et-un an et vécu tout ce temps dans une sorte de stand-by, ce n'était pas maintenant qu'il allait essayer de rattraper les choses. C'était trop douloureux de penser qu'il aurait pu avoir le choix. Non non. Il n'y avait jamais eu de choix, juste un destin gravé dans sa chair depuis sa naissance.
Nymphe resta silencieux, courbé sur lui-même alors que Candyce dépliait son corps et se rasseyait de façon plus "normale". De façon à ce qu'on ne l'engueule pas si un éventuel serveur venait à passer.

-Si tu poses une condition, je veux en poser une aussi.

Ha bah ça, c'était loin d'être surprenant. Ceci dit cela voulait dire qu'il acceptait la première condition. Nymphe releva la tête, intéressé, même s'il avait peur de quelque chose dans le ton de "puisque que tu m'impose l'abstinence je veux que tu deviennes mon jouet sexuel", peut-être tourné un brin plus courtois. Ce n'était pas qu'il estimait très peu Candy mais c'était une réponse qui pourrait venir assez naturellement. Auquel cas il... refuserait? Il n'en était même pas certain. Si Candyce tournait assez bien sa phrase de sorte qu'elle ne l'enfonce pas, il accepterait sans réfléchir. Il s'imagina allongé sur un lit et frissonna malgré lui. Ce n'était pas de sa faute si son corps était froid, si son sang ne bouillonnait jamais -sauf de colère- ? Pourquoi tous les autres étaient différents d'ailleurs ? Il ne savait pas trop s'il en retirait de la fierté ou de la honte, de son statut de vierge de glace.

- La seule chose que je te demande, Nymphe, c’est de revenir habiter avec moi. Je sais que ça te coûte mais à moi aussi, ton exigence me coûte. Œil pour œil, dent pour dent, la balle est dans ton camp.

Nymphe battit doucement des cils. Hein ? Quoi ? juste ça ? Bon ça contredisait ce qu'il avait dit quelques minutes auparavant mais à part ça c'était... presque... équitable. Il se mit à réfléchir à toute vitesse, imaginant si leur cohabitation était possible si on enlevait le facteur "mecs inconnus se pointant trois fois par semaine pour une partie de jambes en l'air". Et bien il restait toujours le foutu caractère de Candyce que la frustration n'allait pas améliorer mais en dehors de ça... Ça pouvait... peut-être se faire.
Il s'humecta les lèvres avant de parler, les sourcils toujours froncés pour signifier qu'il n'allait pas être paix et amour aussi rapidement.

- Il faudra que tu m'expliques un jour en quoi ça te "coûte". J'ai bien vécu jusqu'ici sans coucher avec personne et je ne ressens pas vraiment de la frustration à propos de ça mais bon.

Il soupira doucement, comme s'il savait qu'il ne comprendrait jamais le point de Candyce à ce sujet là.

- Je suis d'accord. Je reviendrais habiter avec toi mais, insista-t-il, pas tout de suite. J'ai déjà payé mon loyer pour ce mois-ci et je ne déménagerais qu'à la fin du mois. Et avant que tu ne demande, jusqu'à ce que je reviennes chez toi tu peux encore satisfaire ta libido.

Il baissa les yeux, peu habitué à user de mots et de phrases aussi durs. Mais tant pis. Rester chez lui ne lui apportait pas vraiment de satisfaction, ce n'était pas comme si son appart était une œuvre d'art -ou de l'art contemporain à la limite- mais se jeter de nouveau dans les bras de son humain dès le premier rendez-vous après deux ans de silence pour lesquels il était sensé lui en vouloir... ça lui faisait peur, simplement. Chez lui il pourrait réfléchir, être loin de Candyce et respirer un petit moment encore. Ses lèvres tentèrent un sourire un peu plus doux.

- Mais on pourra se revoir autant que tu veux d'ici là. Je travaille surtout le soir, articula-t-il prudemment, se demandant si le brun n'allait pas le soupçonner de se prostituer, mais on devrait réussir à trouver des moments de libre. Mais comme tu as plein de choses à te faire pardonner tu m'invitera à chaque fois.

Son sourire était un peu plus étiré à ses mots. Eyh s'il pouvait traîner Candy à des endroits improbables en se faisant tout payer ça pouvait être carrément bien.

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MessageSujet: Re: Valses de parapluies&charmants fragments... De souvenirs. [PV]   Mar 28 Juil - 19:51

___ « Laisse faire les autres. A scruter les êtres et les choses de trop près, ils finissent par n'en plus voir la vérité ni le reflet. »


    Si l’on avait dit à Candyce, il y a deux jours, qu’il aurait l’occasion de contempler une nouvelle fois son reflet, il vous aurait rit au nez. D’une part parce que pour cela, il aurait fallu un hasard force dix sur l’échelle candycéenne, le maximum, donc. Improbable, donc, entendons-nous bien là-dessus. D’autre part parce qu’il faudrait, sinon, qu’il ait le cran de le recontacter. Et du cran, Candyce n’en avait jamais eu assez lorsqu’il s’agissait de Nymphe. En effet, lorsqu’il était revenu d'Égypte, il pensait juste à « rentrer ». Rentrer chez lui, à la maison. Vous savez ? Le lieu où l’on se sent bien, où l’on se sent en sécurité. Et, malheureusement, lorsque Nymphe était dans le coin, Candyce se sentait tout sauf en sécurité. Mal à l’aise, oui. Rongé par la colère, oui. Idiot, aussi. En sécurité, non. C’est donc pour cela que se retrouver en face de la mini-tornade bleu l’étonnait encore. Pourtant, il ne regrettait pas. Enfin… Les mois prochains, oui, sûrement, il le regretterait. Quand il sera tellement frustré qu’il ne pourra plus regarder son Reflet en face, par exemple. Formulé ainsi, c’était un futur lointain qui s’annonçait. Toutefois, il était prêt à parier qu’au bout d’une semaine, les premiers symptômes d’un malaise de longue durée s’annonceraient. Il ne se faisait pas d’illusions, il se connaissait. Peut-être s’inscrirait-il alors dans un club de boxe, alors… L’idée s’agrippa à son esprit avant qu’il ne la chasse d’un sourire. Ce n’était pas vraiment la bonne solution, sans doute, de tenter de reporter sa frustration sur un vulgaire sac de sable. Cependant… C’était peut-être mieux que de la passer sur le corps chaud et vivant de son Double. Peut-être. Il joua un instant avec sa pomme, suivant le moindre de ses gestes du regard. Nymphe, Nymphe, Nymphe. Candyce aurait donné n’importe quoi pour avoir un indice sur ce qu’il pensait à l’instant même alors que son « humain » se rendait pieds et poings liés et acceptait qu’il se serve de lui. Avec juste cette minuscule condition. Condition qui ne coûtait rien. S’il l’avait voulu, il aurait pu lui demander plus et beaucoup plus contraignant. Seulement, malgré les apparences, la demande du schtroumpf ne lui coûtait pas tant que ça. C’était même peu dire. En effet, le jeune homme n’avait plus vraiment le loisir d’avoir un amant par soir, à présent, et, à vrai dire, ne ressentait plus le besoin fulgurant qui avait entaché les dernières années. Pas qu’il soit devenu un bloc de glace. Pas qu’il n’ait plus de besoins. Il avait juste appris à les canaliser approximativement. Mais c’était déjà ça et ça ne s’était pas fait sans heurts. Et puis, le sexe s’apparentait toujours à une souffrance et une désillusion sans nom, au réveil. Ce n’était plus agréable, ce n’était plus jouissif. C’était juste détestable. Combien de fois avait-il eu une envie de vomir tenace lorsqu’il s’était réveillé dans des bras quasi inconnu ? Innombrables. Mais personne ne savait et la personne qui devait le savoir ne cherchait pas à l’apprendre. Alors il ne disait rien. Par manque de courage, par manque d’envie. Pour avoir l’air encore un peu fort et résistant. Même si ce n’était plus le cas et que Candyce avait plus l’impression de tenter de se sauver de la noyade en se raccrochant à une bouée qui se dégonfle. Oh, il savait nager, ce n’était pas le problème. Il fatiguait juste. L’air absent, il cala une mèche derrière son oreille en effleurant pensivement la boucle d’oreille qui luisait doucement à la lumière.

    Oui, définitivement, son « sevrage » ne s’était pas fait sans mal. Il esquissa un vague geste vers Nymphe avant de le réprimer de crainte qu’il ne soit mal pris. Il soupira, se renversa contre le dossier de la banquette, et laissa son esprit vagabonder. Vagabonder vers un petit appartement poussiéreux qu’il connaissait encore par cœur. Vagabonder vers un visage tanné par le soleil. Vagabonder vers un visage dont les traits arrachait immanquablement un sourire nostalgique à Candyce. Son « cher et tendre » comme la voix qu’il jugeait un peu narquoise l’avait appelé, ne l’avait en effet, en aucun cas attendu. Mais de cela, il ne dira, évidemment, rien. Tant qu’à avoir un brin d’espoir, autant entretenir le fantôme d’un rival Égyptien qui, à l’heure qu’il est, devait couler des jours heureux avec son futur époux. Et puis, Waël n’avait plus besoin de lui puisqu’il était complet. Dieu ce qu’il détestait cette satané histoire d’êtres incomplets. Il finirait par perdre tous les gens qu’il connaissait, à ce train là. Une ombre plana sur son visage et il fit tourner la tasse vide sur la coupelle, silencieux et totalement hors de cette pièce, exilé dans le recoin le plus secret de son esprit. Les mots de Nymphe le retournait plus qu’il ne l’aurait souhaité. « Pas attendu ». Un rire amer traversa son esprit. Mais qui l’attendait de toute façon ? Ses parents ? Un rictus douloureux se nicha contre ses lèvres. Ses parents n’avaient sans doute même pas assimilé qu’il avait foutu le camp. A trop s’aimer on en oublie les autres. Il soupira. Nymphe, lui, n’avait pas arrêté de vivre parce qu’il était parti. Oh, bien sûr, il venait de lui balancer qu’il était toujours – un vague air amusé s’imposa – vierge mais ça ne voulait rien dire. On ne mélange pas tous sexe et sentiments et il était pas mal placé pour le savoir. La seule bestiole qui devait l’attendre était son chat. Cette constatation distilla une certaine lassitude chez Candyce. Le chat. Cette satanée bestiole qu’il adorait malgré tout. Il devrait peut-être en parler à Nymphe. Aussi ne répliqua-t-il pas tout de suite à la volonté visible qu’on avait de lui piller le porte-monnaie. Au fond, c’était plutôt le futur emménagement – puisque, apparemment, son reflet était d’accord – qui l’inquiétait. Enfin bon. Nous aviserons. L’air embêté, il se racla doucement la gorge pour attirer l’attention du jeune homme qu’il avait laissé monologuer :

    « Par contre… » Il se mordilla doucement la lèvre inférieure, cherchant ses mots. « On va peut-être avoir un léger souci. » Nouvelle interruption, il mordit dans sa pomme. « T’es pas allergique aux poils de chat, dis-moi ? »


    Oui parce que, soyons clair, ça allait poser un sacré problème. D’un côté, il ne pouvait pas abandonner l’adorable bestiole aux oreilles pointues et d’un autre côté, il ne pouvait pas laisser Nymphe lui filer entre les doigts. Impensable. Toutefois, le problème en apparence futile, le tracassait plus que la tentative non dissimulée de Nymphe de lui faire payer au sens littéral du terme toutes les choses qu’il avait à se faire pardonner. Un éclair de colère le traversa tout de même lorsque la petite voix de son reflet lui revint à l’esprit. Vous savez, le fameux « Jusqu'à ce que je revienne chez toi tu peux encore satisfaire ta libido. » Et bien ça, ça ne lui a pas plu du tout et c’est peu de le dire. Il savait parfaitement qu’on le considérait comme un sale type enchainant coup sur coup les amants sans se soucier d’eux et de ceux qu’il blessait. Mais, tout de même, une fois les conditions prononcées, elles devaient être valables dans l’instant. Du moins dans la mesure du possible. S’il comprenait tout à fait cette histoire de loyer, empathie du portefeuille qu’on peinait à remplir, il se voyait mal, lui, enchainer les conquêtes pour satisfaire une libido quasi inexistante au jour d'aujourd'hui juste pour être sur de tenir les semaines et mois qui suivraient. Surtout s’il voulait que son Double retrouve une quelconque confiance en lui. C’est donc par un long soupir qu’il répondit à cette déclaration, lui lançant un regard faussement blessé – regard qu’il maitrisait, d’ailleurs, étonnement bien :

    « C’est fou l’estime que tu me portes. Non, merci, je me passerai de ton autorisation. Je t’ai promis que j’arrêterai de baiser, ça prend effet maintenant. » Le ton était un peu froid, un peu gelé. Très déterminé. Tout comme le propriétaire l’était. Espérant réchauffer un peu l’atmosphère, il murmura avec un sourire : « Pour ton loyer, je comprends tout à fait. De toute façon, je n’espérais même pas que tu acceptes et encore moins que tu emménages sur l’heure, alors tu vois… »

    I was alone, falling free,
    Trying my best not to forget…


    Candyce remonta doucement la manche de son pull violacé, jetant un coup d’œil au cadran de sa montre. Dix-sept heures trente. Il pencha la tête sur le côté. Quand débutait le soir à l’intérieur de la caboche bleue ? L’air pensif, il se mordit l’intérieur de la joue avant de secouer doucement le poignet, faisant tinter le bracelet de la montre. La manche retomba mais l’air pensif resta bien ancré dans les yeux qu’il posait à présent sur son Reflet. Pouvait-il vraiment lui proposer d’aller se balader dans l’état actuel des choses ? Il poussa un long soupir en songeant à l’immanquable regard suspicieux qui suivrait sa proposition. Non, il n’était pas de taille, cet après-midi, à affronter le Nymphe qui lui balançait des envies de meurtre dans les veines. Une autre fois peut-être. Faisant fi du panneau indiquant la salle comme étant réservée aux non-fumeurs, Candyce ouvrit la fenêtre qui trônait juste derrière la banquette et exhuma une cigarette de son sac à dos. A vrai dire, il ne savait même pas il l’avait eu, cette clope. Il savait juste qu’elle était là et le reste importait peu. Aussi fit-il jouer son pouce sur la roulette du briquet et advienne que pourra. La cigarette rentrait dans la même catégorie que le café. Il n’aimait pas ça mais ça le déstressait. Et au vu de ses mains qui n’avait de cesse de trembler, il était persuadé qu’il en avait besoin. Il déposa la cigarette sur le rebord de la fenêtre avant de se retourner vers Nymphe, l’air de celui qui avait épuisé tous les sujets de conversation potables qu’il avait à l’esprit. Il se racla la gorge une nouvelle fois et, tout en rangeant son briquet, murmura, sans curiosité mal placé, sans avoir l’air de vraiment s’y intéresser :

    « Et tu bosses dans quoi, au fait ? »


    Il suivit du regard le serveur qui redescendait et étendit le bras pour attraper la cigarette et la porter à ses lèvres, l’air un peu paumé. Bien sûr, la déclaration de Nymphe à propos de son boulot nocturne l’avait un peu étonné. Bien sûr, il se demandait ce qu’on pouvait bien faire la nuit. Mais malgré out cela, il avait une foi aveugle en ce que l’autre pouvait bien lui raconter. Nymphe ne mentait pas, n’est-ce pas ? Alors s’il lui avait dit n’avoir jamais couché avec personne, cela voulait bien dire qu’il ne vendait pas son corps, non ? Tout à ses réflexions bourré d’une confiance que n’importe qui d’autre aurait jugé ridicule, il laissa la cigarette se consumer et eut tout juste le temps de sortir le tube de nicotine. Avant de se rendre compte qu’une cendre lui était tombée sur la cuisse. Drame vestimentaire, petit trou dans le tissu de son jean. Il plissa les yeux, fit la moue. Les bords calcinés du trou lui arrachèrent un rictus désabusé. Et il n’osait penser à l’état de sa peau, en dessous. Oh, il sentait parfaitement la brulure. Cependant, il n’allait pas se mettre à pleurer. Malgré la douleur. Malgré le fait que, bordel, ça faisait mal. Physiquement. Pas comme d’habitude où c’était son cerveau, qui le torturait. La main tremblante, il regardait la cigarette qu’il maintenait au-dessus du rebord de la fenêtre.

    « Bordel de merde… », grogna-t-il entre ses dents avant d’éteindre la clope à moitié consumée pour éviter une autre catastrophe. « Quelle saloperie, ces machins-là… Tu fumes, toi ? »


    Changement brusque de conversation. Instable et déstabilisé, il tentait d’oublier la douleur en tripotant nerveusement son mobile. Il se racla à nouveau la gorge, le regard fuyant. Techniquement, la situation était-elle si catastrophique que ça ? Il secoua la tête pensivement. Non, pas vraiment mais… Mais ce n’était pas vraiment idyllique. Ou quoique ce soit d’autre, de toute façon. Il passa une main nerveuse dans ses cheveux et prit une grande bouffée d’air avant de marmonner :

    « On peut bouger ? Je commence à me sentir mal, à rester immobile, comme ça… »


    Aller où tu veux, n’importe où. Mais ailleurs. Il ne supportait plus l’atmosphère confinée du café, il ne supportait plus les regards des serveurs et les deux petits vieux qui reluquaient sur leur table depuis quelques minutes. De même, l’odeur du café commençait à lui tourner la tête et ce n’était pas bon mais pas bon, du tout. Alors il balança précipitamment le trognon de pomme dans le verre encore à moitié plein de menthe, se saisit de son sac et se leva d’un bond, bafouillant d’un air misérable :

    « Je t’attends euh… En bas. »


    Balbutiements, air agité, doigts serrés sur la bandoulière de son sac. Agitation. Il en oublia même son téléphone sur la table. Même. Il se précipita au bas des marches et s’échoua sur la terrasse comme un poisson qu’on viendrait de relancer dans son bocal. Il jeta un regard sur la fenêtre de l’étage supérieur, se demandant brusquement si son Reflet le suivrait. Il haussa les épaules, réprimant tant qu’il le pouvait les tremblements qui l’agitaient. Qui vivra verra.

    What happened to us,
    What happened to me ?

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MessageSujet: Re: Valses de parapluies&charmants fragments... De souvenirs. [PV]   Jeu 13 Aoû - 16:33

- Je ne suis pas allergique, rassura Nymphe en agitant la main.

A vrai dire il était heureux, il ne serait pas tout à fait seul dans l'appart, il y aurait le chat pour lui faire des câlins et le consoler. Oui parce que s'il fallait compter sur Candy... Ha s'il fallait compter sur lui il aurait le temps de se suicider plusieurs fois avant de lui tirer un semblant de réaction. Bref il avait hâte de rencontrer la bestiole. Ce serait sûrement un chat de gouttière, à moins une de ces horreur de chat égyptien sans poil ? Un éventuel cadeau de son amant ? Non il déraillait complètement, reprend-toi Nymphe tu te comporte comme une cruche dans une série.

- C’est fou l’estime que tu me portes. Non, merci, je me passerai de ton autorisation. Je t’ai promis que j’arrêterai de baiser, ça prend effet maintenant.

Haussement de sourcils très parlant. Oui "l'estime que tu me porte" c'est tout à fait ça. Je crois que je ne t'estime pas beaucoup Candy. Un peu moins que les bactéries je crois, parce que les bactéries sont très utiles et font leur boulot après tout. Tu es très loin en dessous des bactéries et pourtant... Tu es la personne qui compte le plus pour moi je te rappelle.
Tu m'as tellement déçu, c'est tout.

il suivit du regard son humain qui ouvrait la fenêtre, le cylindre de goudron, nicotine & cie qu'il portait à ses lèvres et se pencha en avant, quelques doigts tendu pour le lui retirer par automatisme. Il n'aimait pas voir les gens fumer en général -il n'aimait pas l'odeur- mais que ce soit Candy ça passait évidemment encore moins. Ta santé, Candyce, ta santé. Puis il prit en compte le léger frémissement des mains, peut-être de la nervosité, ou autre chose. Un sentiment qui faisait frémir les mains était forcément quelque chose qu'on gardait en soi... alors il suspendit son geste, et juste à ce moment vint une question anodine comme une gifle.

- Et tu bosses dans quoi, au fait ?

Il oublia colère, rancœur et son envie tenace de se maintenir sur un pied d'égalité avec Candy pour brusquement ramener son bras près de lui et baisser les yeux, laissant un "heuuuuuuu" mal assuré répondre à sa place. Puis son mensonge préparé vint à sa rescousse, mais il conserva son air gêné/modeste pour ne pas avoir l'air de mentir, fixant humblement ses genoux et tripotant une boucle bleue qui passait par là.

- Je suis serveur la nuit. Le patron est sympa même si je casse des trucs de temps en temps... il les retient sur mon salaire mais me chasse jamais.

Ça lui semblait très crédible à lui, sans doute que Candyce y avait cru lui aussi. Il leva un œil bleu dans sa direction pour constater qu'il ne le regardait absolument pas, les yeux fixés sur son pantalon l'air mécontent.

- Bordel de merde… Quelle saloperie, ces machins-là… Tu fumes, toi ?

Sans doutes de problèmes obscurs que seuls les fumeurs pouvaient connaître, il n'avait aucune idée de ce qui avait pu se passer, mais ça avait l'air contrariant. Oh non... Il n'avait pas besoin de l'aide d'une stupide cigarette pour énerver Candy, si le reste de l'univers s'y mettait aussi son humain allait craquer, et partir et...
Il se reprit. Non non, il ne partira pas, souviens-toi Nymphe, tu lui casses la jambe.

- Non, bien sûr que non.

Une telle évidence. C'était un peu comme demander à un unijambiste s'il avait décidé à se faire amputer la jambe qui lui restait pour ne plus faire dans la demi-mesure, c'était impensable et légèrement de mauvais goût, enfin le brun était assez stressé sans qu'il n'en rajoute pour l'instant.
D'ailleurs c'était déjà trop tard, il se leva comme un ressort et partit en toute hâte, laissant un reflet aux prises avec un conflit intérieur de taille -non mais je ne comptait pas vraiment lui faire un croche-pied dans les escaliers- debout à côté de la table car il s'était levé à son tour en réponse.
Nymphe soupira, s'accrochant aux petits mots de Candy qui avait dit qu'il "l'attendait", recouvra le téléphone cellulaire de sa main et loucha dessus, hésitant à fouiller la mémoire, les numéro, les messages et le reste. Après quelques secondes de débat il choisit sa fierté et glissa le gadget dans sa poche. Il jeta un long regard par la fenêtre, faisant durer ce moment où, pour une fois, tout dépendait de lui, et trottina dans les escalier la recherche de son humain. Il le retrouva juste à la sortie, et fut bien plus rassuré de le voir qu'il ne voudrait l'admettre par la suite. Il le dépassa et choppa son poignet au passage, le tirant dans les rues fraîches. Il bruinait maintenant, aucun problème. Il s'était pris bien plus sur la tête auparavant. Il laissa des gouttelettes se poser dans ses cheveux, se demandant au bord de la panique s'il devrait lâcher la main de Candyce -parce que c'était plus correct, parce qu'il n'était pas un enfant et plus vraiment proche de son double, qu'il fallait lui faire comprendre qu'il lui faisait sérieusement la gueule- ou la garder -parce qu'il avait envie, et peur de le voir partir. Comme ils traversèrent la route Nymphe saisit le prétexte pour enlacer étroitement leurs doigts, en prenant soin de ne pas regarder dans sa direction.

- On pourrait aller se promener vers le fleuve non ?

Bien sûr il pourrait trouver quelque chose à redire, à cause de la pluie par exemple, que ça faisait tomber les gens malades plus rapidement qu'une cigarette. Mais peut-être que pour une fois il aurait la présence d'esprit de se taire, qui sait ?

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MessageSujet: Re: Valses de parapluies&charmants fragments... De souvenirs. [PV]   Dim 23 Aoû - 17:19

___ « La principale différence entre un chat et un mensonge, c'est que le chat n'a que neuf vies. »


    Les doigts qu’il serrait presque convulsivement dans sa main le réchauffaient agréablement. Le malaise qui l’avait saisi dans le café n’avait pas vraiment disparu et Candyce luttait à chaque instant pour que cette insistante impression de nausée ne le ressaisisse pas. Ton image, Candyce, penses-y, se tannait-il. Son image. Oui vous savez celle du sale type insensible qui n’avait qu’une envie, se taper tous les types du quartier ? Ouais voilà. Cette image là. Celle qui lui permettait de se protéger. Pour se donner contenance, il fit mine de reluquer avec insistance un type qui passait. Il oublierait son visage dans les trente secondes qui suivrait mais ce n’était pas grave, ce n’était ça qui était important. Non. Ce qui était important c’est de faire comme s’il n’avait pas trop changé. De faire comme si son reflet ne comptait pas plus que ça. Oh c’était faux évidemment mais il était tellement plus simple de mentir à soi et aux autres que de reconnaître que l’on tient encore un peu trop à quelqu’un. Alors c’était plus facile de faire croire qu’on avait un amant encore planqué quelque part dans le monde, de se dire que c’était toujours le même. Que même s’il s’était fondu dans son reflet, c’était toujours Waël. Et pas ce stupide Un. Ses doigts se resserrèrent possessivement sur la main de Nymphe. Il se trahissait lui-même, n’en savait rien et n’en avait cure. Il ne voulait pas le laisser partir. Il n’en voulait pas de ce putain de contrat. Il n’en voulait plus. Il prit une grande inspiration et puis fixa son regard sur Nymphe. Insistant. Lourd. Il ne savait même plus pourquoi il acceptait de se laisser tirer et trainer comme ça pas plus qu’il ne savait s’il y avait une raison. Des raisons, il en avait trop pour tout, pour n’importe quoi. Des raisons, il en trouvait toujours des fausses quand venait l’heure des explications. Ça ne pressait pas. Aussi laissa-t-il Nymphe choisir la direction qu’ils emprunteraient sans y prendre garde. C’est soudain que ça fit tilt. Le fleuve. Les berges. Il claqua des doigts, revenant à la réalité et esquissa un sourire à la fois ravi et enthousiaste. Un vrai gosse. Si rare sur son visage et à la fois presque évident, cet air innocent.

    « Hey, Nymphe, tu te souviens de la librairie, dans le centre, où on allait ? »


    La question était vaguement rhétorique. Selon Candy, Nymphe n’avait définitivement pas pu oublier cette vieille boutique un peu délabrée et poussiéreuse où l’on trouvait de tout et surtout ce qu’on ne pensait pas y trouver. Un vieux truc de bouquins d’occasion qui avait fermé ses portes un peu avant que Candyce ne prenne le large. Plus assez de clients, semblait-il, ça avait été un véritable déchirement pour le jeune homme. Un vieux souvenir. Il secoua la tête doucement pour ne pas plonger dans cette voie là. Ce n’était pas sain de ressasser le passé, encore moins lorsque l’on souhaiterait l’oublier. Aussi chassa-t-il les brides de mémoire d’un haussement d’épaule désinvolte et, chatouillant machinalement la main qu’il tenait toujours, murmura d’un ton enjoué :

    « Et bien ils l’ont rouverte du côté des berges ! Enfin tu dois le savoir, remarque… C’est le fils qui l’a repris, je l’ai croisé à la bibliothèque l’autre jour et… » Il se mordit la lèvre, embarrassé par le flot de paroles qui venait de sortir de sa bouche. « Enfin bref, ça doit pas t’intéresser ça. Euh, ça tenterait d’y faire un tour ? »


    Candy qui parlait, Candy qui ne choisissait pas tout seul. Grosse nouveauté. Hey, merde, il est passé où le Candyce égoïste et vil, et méchant, et dur ? Envolé ? Volatilisé ? C’est quoi ce bazar ? Ou alors tout ceci n’était qu’un masque de plus, un jeu, une manipulation. Ou pas. Tout le monde savait que Candy aimait les livres. C’est sans doute la seule chose qu’il aimait et qui ressortait intacte de ses mains à chaque fois. Alors peut-être qu’en fait, Candyce c’était réellement laissé emporter par une joie innocente à l’idée de se retrouver plongé dans cette atmosphère qu’il affectionnait tant. Peut-être. De toute façon, avec le jeune homme, on ne pouvait jamais être vraiment sûr.

    J'te donne la plume pour savoir vivre
    Parler, écrire et dessiner
    Pour rester ivre, bien éveillé
    J'te donne la plume et mes conneries,
    Garde-les.


    Opérationnel, mon capitaine. Ah oui ? Les cordes vocales sont toujours là ? Trajet silencieux. A vrai dire Candyce ne maitrisait pas grand-chose de l’art de tenir une conversation – surtout lorsqu’il s’agissait d’en tenir une avec son reflet – et se contentait donc de regarder un peu partout dans l’espoir de faire parler l’autre un peu. Parce que c’était peut-être ça qui lui avait manqué le plus. Sa voix. Cette voix qui faisait tourner en bourrique son cerveau, cette voix qu’il n’avait pas pu oublier alors que tout commençait à devenir flou. Ça lui avait fait quelque chose, à Candyce, de l’entendre à nouveau cette voix. Un truc comme un déclic. Un truc qui fait pas forcément du bien. Ça avait fait le même bruit que celui de la clef qui ouvre un verrou. Et tous les souvenirs s’était abattu sur lui comme une horde de corbeaux sur un cadavre. Ça lui foutait les jetons rien que d’y penser. Mais c’était comme ça, pas autrement, il n’y avait plus qu’à se taire et à surnager. En y repensant bien, ce qui lui avait manqué aussi, c’était la présence de ce nain bleu. Les bruits de respiration dans son dos, les lattes du plancher qui grince, tout ce qui prouve qu’on n’est pas seul, qu’il y a quelqu’un qui vit avec soi et que tout ira bien tant que cette personne sera là. L’odeur du chocolat, le matin. Son estomac se tordit violemment et il leva les yeux au ciel pour éviter de se rappeler. De mettre des détails dans ces souvenirs, de les réintégrer à son cerveau. Mieux valait oublier. Même s’ils habitaient à nouveau ensemble, ce ne sera jamais pareil. Jamais. Il en était persuadé. Il ferma doucement les yeux et soupira, souriant aussi doucement qu’il le pouvait à Nymphe.

    « Au fait, pour que tu bosses de nuit, c’est qu’il y a un bar potable dans le coin ? »


    Candy n’avait jamais réellement fréquenté les bars ou tout autre lieu du genre. La seule fois qu’il l’avait fait, il avait dragué quelqu’un dans la semi pénombre et l’avait très vite regretté en le voyant en pleine lumière. Il était, certes, peu regardant quant au physique de ses partenaires mais il y avait des limites à ne pas dépasser. Depuis, il n’y avait plus foutu les pieds.

    « Je me demande bien où… », murmura-t-il pensivement.

    J'te donne la plume pour qu'tu dessines
    La plus belle ville que t'aies connue
    Le plus bel hymne que t'aies voulu
    J'te donne la plume
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MessageSujet: Re: Valses de parapluies&charmants fragments... De souvenirs. [PV]   Mer 26 Aoû - 21:41

« C'est un étranger pour certains
Et une illusion pour personne »


Nymphe respira la pluie. Air humide, saleté de vide lentement mais sûrement entrainées vers les caniveaux, terre mouillée exhalant une odeur particulière. Il profitait des quelques secondes pendant lesquelles ils faisait mine de réfléchir et se délectait surtout de croire que Candy était devenu quelqu'un d'attentionné -bien sûr il n'arrivait pas à s'en persuader mais sentir quelque chose comme de l'engouement dans la voix de son humain lui réchauffa le cœur, un peu comme si un frère bien-aimé sortait la tête d'une profonde dépression.

- On y va, acquiesça-t-il, et j'aime les livres moi aussi.

Oui comme Candyce. Curieusement pourtant parmi leurs lectures il n'y avait pas un seul livre pour lequel ils partageait un avis commun. Nymphe ne lisait que des romans et même à ce niveau là, ses goûts divergeaient avec ceux de son humain. Au sein de l'œuvre d'un même auteur, chacun des deux adopterait un livre différent, comme un fait exprès. Ça exaspérait plutôt le reflet, de ne même pas pouvoir parler de livres sans chercher à poutrer l'auteur préféré de l'autre qu'on détestait personnellement.
Il se cramponna à la mains de Candyce et l'entraîna sur quelques pas, bien qu'ignorant la direction.

J'espère que lorsque je m'en irais
Tu réaliseras que je n'étais pas fort
Que j'étouffais ma volonté pour jouer à ce jeu
Et je souhaite que tu comprennes
J'ai sacrifié tout ce que je pouvais
Pour partager mon âme avec toi.


Candyce ne parlait pas, et Nymphe s'était perdu dans une rêverie mélancolique, faite de mélodies au piano et de voix lancinante, sagement accrocha par la main à son frère. S'ils avaient été autrement il aurait pu lui sauter dessus, le serrer dans ses bras, mettre leurs cœurs l'un contre l'autre comme le faisaient tous les autres, comme rêvaient de le faire chaque reflet depuis sa naissance dans le Miroir. Plus proche de son autre moitié. Lui aussi l'avait voulu. Sèche tes larmes. Oh il aurait du demander des conseils à Sphère, ou lui demander de lui créer un porte bonheur qu'il aurait pu serrer maladivement dans des moments comme celui-ci.

- Au fait, pour que tu bosses de nuit, c’est qu’il y a un bar potable dans le coin ?

Il était persuadé d'avoir entendu un bruit de vitre qui se brisait. Un fantaisie de ses oreilles, il n'y avait rien dans cette rue. Il envoya à Candy un regard surpris, le genre de regard quand lançait le mouton que vous avez élevé le jour où vous veniez l'égorger.

- Pas vraiment dans le coin, articula-t-il lentement, pas dans le centre en tout cas. On passera dans un bar après d'accord ? La librairie d'abord.

Ses sourcils fins se froncèrent au dessus de ses yeux, semblant menacer en silence "si c'est pour draguer de toute façon tu peux aller te faire...". Le fleuve envoyait des relents d'eau, d'algues et de boue. Il accueillait docilement la pluie, couché tout au fond des berges. Il y avait des endroits aménagés pour se promener en famille avec les enfants, des barrières pour la sécurité, et des boutiques de l'autre côté de la route. Une pizzeria par exemple, un café, une autre pizzeria.
La librairie disposait d'une grande vitrine décorée de volutes "art nouveau" en étain. Nymphe aima immédiatement. La chance qu'il avait de trouver de bons romans dans ce genre d'endroit était mince selon lui mais si ça faisait plaisir à Candy... De toute façon ce serait certainement trop cher. Il laissa son humain passer le premier et salua le vieux vendeur presque tendrement. Il se ressaisi et s'éclipsa derrière une pile de livre, traînant ses mains sur les couvertures, attendant que l'une d'entre elle l'appelle. Il trouva son bonheur dans un tas de bouquins d'astrologie, et empoigna celui à la couverture bleu foncée sur laquelle un scorpion se tapissait parmi les étoiles.
Le signe de Candy, pensa-t-il avec un sourire.
Il tourna les pages, avide, et tomba sur ce qu'il cherchait, la caractérologie. Passionné, agressif, renfermé, sombre et violent. C'était tout à fait son humain, ceci dit il eut le bon goût de s'arrêter avant de l'appelle pour lui montrer. Sans doute qu'il le prendrait mal. Quelques pages plus loin seulement Nymphe se souvint qu'ils partageaient leur signe astrologique, date de naissance et ascendant.
Une moue boudeuse passa sur ses lèvres.
Mystérieux, sensuel, psychopathe... Oui oui ça allait, ça ne lui ressemblait pas du tout, décida-t-il. Il chercha dans la cinquantaine de pages de tableaux son ascendant et enchaîna avec un bouquin sur les Sagittaires, qui se faisaient moins laminer par les astrologues, bien que ne lui ressemblant toujours pas. Chaleureux, sensuel, pointilleux sur les questions de prestige et d'honneur...
Il allait refermer le livre quand le "marqué par un désir constant d'élévation, d'évolution et de perfection" accrocha ses yeux. Il la médita quelques secondes mais ne la trouva pas assez juste. Il soupira, déçu et en même temps flatté que les profondeurs de sa tête soient trop complexes pour être banalisées.

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MessageSujet: Re: Valses de parapluies&charmants fragments... De souvenirs. [PV]   Jeu 3 Sep - 22:16

Suite : "Ici, tu sais, il y a de la poussière - beaucoup - et des livres - un peu."

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Valses de parapluies&charmants fragments... De souvenirs. [PV]

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