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 [Numéro 11 ; Appartement 69B] Entre chat-torpille et bazar organisé ; bienvenue ! [PV]

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Candyce C. Highborn
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Lié à: Nymphe, yes sir.
Nom véritable: Misery. Désespérant n'est-ce pas ?
Sexualité: Ambivalent, pour faire simple.
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MessageSujet: [Numéro 11 ; Appartement 69B] Entre chat-torpille et bazar organisé ; bienvenue ! [PV]   Dim 27 Sep - 21:25

___ « Peu importe ce qu'on pourra vous dire, les mots et les idées peuvent changer le monde. »


Avant : "Ici, tu sais, il y a de la poussière - beaucoup - et des livres - un peu."

    Instinctivement, le visage de Candy se clôt. Ses parents. Ah. Ouais. Sans racines, s’enracine mon amour, chuchotait une voix insidieuse dans sa tête. Evan et Timothy. Ses dents se plantèrent dans sa lèvre inférieure alors qu’il s’appuyait sur le dossier de sa chaise avec l’air à la fois pensif et ennuyé. Non, il n’avait pas recontacté ses parents. Non. De toute façon, pris comme ils l’étaient à s’aimer passionnément s’étaient-ils seulement aperçus de son départ ? Candyce n’en savait rien mais en doutait franchement. Il aurait voulu pouvoir se rouler en boule, appuyer fort ses mains sur ses oreilles et faire disparaître le monde aux alentours. Il aurait voulu hurler le plus fort possible et que ces poumons en brûlent. Ca aurait été si bien. Au lieu de ça il resservit encore une part de ces sourires en toc qu’il maitrisait si bien. Courage, mon vieux. Courage. De toute façon, ça ne pouvait pas tourner plus mal, n’est-ce pas ? Quoi que si. Candy blêmit en se rappelant que, potentiellement, tout ce que pouvait chercher Nymphe était peut-être une sorte de vengeance. Et qu’il allait sûrement le planter. Et que sans doute qu’il lui avait menti et qu’il avait bien quelqu’un qui l’attendait chez lui, qui le prendrait dans ses bras et le réchaufferait toute la nuit. Et qu’il n’était sans doute pas seul. Et Candyce ferma les yeux en se disant que seul pour seul, il aurait du rester en Egypte, que seul pour seul, il aurait du supporter le Un qu’était devenu Waël et son Reflet. Que seul pour seul, il n’avait plus de lieu où rentrer. Mais au fond tout ça n’affectait que lui, le reste du monde s’en moquait. Comme un geste de protection incontrôlé, ses doigts vinrent effleurer sa boucle d’oreille. Une sorte de « tout va bien » de son cœur à son esprit. Un signal qui remontait. Bzzit. Connexion.

    Ah, ça, combien de fois avait-il failli recontacter ses parents, les doigts tremblants sur le téléphone ? Innombrables. Et puis une fois, caché dans les bras de Waël, il avait fini par effleurer la touche verte. Les bras bronzés bien refermé sur lui, il avait osé. Parce qu’il n’était pas fort, Candy, il n’avait que la fierté pour lui. Et la fugue. Rien de plus. Les doigts avaient effleuré sa joue et lorsque la voix d’Evan avait lancé un « Allo » joyeux, il avait raccroché, à bout de courage, à bout de nerfs, à bout d’envie. A bout de tout. Les bras l’avaient étreint un peu plus fort alors que l’anglais sanglotait pitoyablement contre le torse chaud. Au fond, il aurait aimé que ce soit Nymphe qui réponde. Mais il ne l’admettrait jamais. Parce que c’était trop compliqué. Alors il se laissa aller contre Waël parce que Waël lui disait toujours des mots qu’il voulait entendre. Alors il se laissa posséder, étendu sur le lit, parce qu’il avait besoin qu’on lui dise qu’il existe encore. Alors il s’était agrippé à ce corps parce qu’il n’y avait plus que pour lui que Candy acceptait encore de se lever le matin. Sinon sans doute se serait-il laisser mourir, roulé dans ses couvertures, les yeux rouges de n’avoir de cesse de veiller et de pleurer. Parce que Candyce loin de Nymphe c’est une loque humaine, un pantin désarticulé. Un automate brisé.

    Un sourire crispé orna ses lèvres alors qu’il dégustait avec peu d’entrain le dessert. Nymphe. Chez lui. Rire nerveux. Heureusement que ce n’était pas trop le bordel. Quoique. Une brusque sueur froide glissa le long de son dos alors qu’il insérait sa carte bleue dans la machine dans l’évident but de payer le repas. Ah oui. Non. Ce n’était pas tout à fait rangé, chez lui. Il n’avait pas tout à fait fini de déballer ses cartons et la plupart des meubles n’avait pas encore était monté. Dont les bibliothèques. Présentement, toutes ses acquisitions trônaient sur le tapis dans un ordre relatif. Un joyeux bordel. Encore que ça aurait pu être pire, au moins, Misery était propre et Candyce n’avait aucune raison de se plaindre de lui depuis qu’il l’avait recueillit. D’ailleurs… Il claqua des doigts en notant mentalement de passer prendre des croquettes chez les voisins qui lui avaient gentiment proposé de lui donner le sac qui trainaient depuis la mort de leur propre chat. Glauque, certes, mais primo, Misery s’en moquerait comme de sa première perte de poil et deuxio, il était clair qu’il était à présent trop tard pour ne serait-ce qu’espérer trouver une supérette ouverte. Il poussa un soupir et ferma les yeux. Il resserra sa veste sur lui en poussant la porte du restau’. Il avait vécu mieux, en soirée, il n’y avait pas à dire. Top, pour des retrouvailles. Vraiment. Le pire, dans tout cela, c’est que pour le coup, il n’était pas le seul fautif. Nymphe jouait, ce n’était pas possible autrement, singea-t-il en serrant doucement ses doigts dans les siens pour se réconforter. Il se moquait de lui, il le testait. Pourtant Candy s’en moquait. Ou peut-être pas. Ou peut-être que si. Au fond, il n’en savait rien.

    Son sourire consentit enfin à se casser la gueule. Il retrouva enfin son air morose mais sincère et il glissa leurs mains nouées dans sa poche de manteau. Parce qu’il commençait à avoir sérieusement froid et que les lampadaires dessinaient des fleurs de lumière sur le bitume, qu’il trouvait ça beau et qu’il voulait Nymphe plus proche.

    « J’ai foid, admit-il avec un doux sourire désolé. Si tu veux, je peux te filer ma veste, j’ai un pull chaud, en dessous. Son regard erra sur la tenue de son Reflet avant de murmurer d’un air désabusé. T’es à moitié à poil… Il cligna des yeux et finit par ajouter, de mauvaise grâce, pour ne pas froisser l’autre : Mais c’est joli. »

    Who sew the lion's hungry in the cage
    With the confidance of a clown
    The little man who rises on the stage
    As he falls without a safety net.


    Numéro onze de la rue. Appartement soixante-neuf B. Les doigts libres coururent sur le clavier, tapant le code avec détachement. Un. Neuf. Zéro. Trois. Dièse. Il poussa la porte et s’ébroua, maintenant la porte ouverte pour laisser son double se glisser à l’intérieur. Le hall n’était pas un modèle de luxe. L’immeuble n’était pas vraiment un modèle de luxe. Certes. Une boite aux lettres défoncée trainait dans un coin et il entraina Nymphe à toute vitesse vers l’ascenseur en foudroyant du regard un de ses voisins accompagné de sa bande de pote qui sifflaient à leur passage. Mon dieu qu’il détestait ces abrutis. Surtout quand c’était Nymphe qu’on sifflait. Oui, Nymphe était beau. Mais Nymphe n’était pour personne. Personne. Surtout pas pour eux. Il poussa son Reflet dans l’ascenseur, fit un geste obscène à la bande d’abruti et appuya rapidement sur le numéro six. Les portes se refermèrent pile au moment ou son voisin faisait mine de se rapprocher dans l’espoir de lui taper dessus. Tout ça le faisait chier. Mais à un point. Il poussa un long soupir, passa une main dans ses cheveux et s’appuya contre une des parois de l’ascenseur en pressant avec une tendresse non feinte les doigts qu’il n’avait toujours pas lâchés. Il n’osait pas vraiment. Il savait que la tornade bleue était en colère. Il savait qu’elle avait raison de l’être et qu’il était en tort. Mais ça ne lui plaisait pas. Sincèrement s’il avait pu éviter tout ce qui s’était passé, il l’aurait fait. Il aurait souhaité tout effacer, devenir amnésique. Peut-être aurait-il du raconter ça, à Nymphe, finalement. Opter pour l’amnésie. Tendre la gomme, pardonner, se blottir dans ses bras et enfin vivre.

    Mais non. Ce n’était pas si simple. Ce n’était jamais assez compliqué, lorsqu’il s’agissait de Candyce Highborn et de Nymphe Christa, n’est-ce pas ? Et s’il y avait un dieu, il devait bien rire ! Il devait bien se moquer d’eux, à leur tendre des embuches et des pièges, à semer le doute et la discorde. A empêcher toute tentative d’un côté et de l’autre. Il défit enfin son étreinte sur les doigts de Nymphe. Avec regret, avec peine. Il leva le regard sur la porte et hocha de la tête en insérant les clefs dans la serrure.

    « Tu as déjà joué au foot, Nymphe… ?, il n’attendit pas d’autres réponses, embrayant directement : Il va falloir que tu joues au goal. Misery a entendu les clefs dans la serrure, il est à l’affut et dès que je vais ouvrir la porte, il va jouer au missile supersonique. Et si tu le chopes pas, on va devoir lui courir après sur tout l’étage. Il le fixa d’un air grave avant d’ajouter : Et ce n’est pas très drôle, il trouve toujours plein de planques. »


    Il poussa la porte enfin et regarda faire Nymphe avec un sourire amusé. Au final, il s’en moquait un peu. C’était juste pour nouer la conversation, resserrer un peu les liens lâches qu’il sentait pendouiller autour d’eux avec douleur. Il voulait être plus proche de lui. Pas forcément physiquement, il en avait perdu l’espoir. Juste mentalement. Pouvoir se blottir dans sa tête pour trouver du réconfort et se dire que tout irait bien parce que son Reflet était là. Mais ce n’était pas possible. Récupération de la bestiole faite, il sourit d’un air chaleureux à Nymphe en entrouvrant la porte :

    « C’est encore un peu la pagaille, tu m’excuseras. Comme je n’ai pas encore contacté… Papa et maman, il me manque quelques meubles et du coup ça traine par terre en attendant. Mais c’est propre, hein, s’affola-t-il en posant son manteau sur un cintre. Et… Hm… Sinon, tu rentres comment… ? Il fait tard, j’ai pas envie que tu fasses par des lieux qui craignent, tu risques de te faire agresser. »


    Oui, inconsciemment, l’idée de le garder ici pour la nuit le taraudait. Mais ce n’était pas conscient, justement. Il ferma les yeux, déblaya un coin de canapé pour permettre à son invité de s’asseoir. Son sourire se teinta de tendresse en voyant le chaton pelotonné contre Nymphe. Il était certain qu’ils allaient s’entendre. Après tout, il n’y avait pas de raison. Misery l’aimait et Nymphe était bien mieux que lui. Alors évidemment… Il tendit la main pour gratouiller la tête du chaton qui ronronna doucement.

    « Tu peux t’asseoir, hein, le canapé va pas te manger, plaisanta-t-il avant d’ajouter, plus sérieux : Je risque de t’abandonner cinq minutes, un peu plus tard dans la soirée, le couple d’à côté m’a proposé de me refiler des croquettes. Il se mordilla l’intérieur de la joue et finit par dire en claquant des doigts : Ah et euh… Fait comme chez toi. Tu veux boire un truc… ? J’ai du jus de pomme si tu veux. Elles sont vertes sur l’emballage… »


    Un peu naïf. Un peu touchant. Candyce bégayait.

    We have the story of the impossible
    A tale passed on so frail.
    One of make-belief
    Maybe impossible to achieve
    And really close.

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Nymphe Christa
Élégant strip-teaser au Chapelier Fou.
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MessageSujet: Re: [Numéro 11 ; Appartement 69B] Entre chat-torpille et bazar organisé ; bienvenue ! [PV]   Lun 28 Sep - 20:24

Leurs pas les menaient de flaque de lumière en zone d'ombre, puis de nouveau la lumière, jaune, une belle alternance. Il laissa sa main disparaître dans une poche, avec celle de Candy -elle ne serait pas perdue après tout- où au moins il faisait chaud. Lui n'avait pas froid, enfin un peu plus que dix minutes auparavant certes mais il n'allait pas jouer les frileux. Un regard bleu se tourna vers Candy. A moitié à poil ? Oh. Il parlait comme ça à tout le monde ou il avait une sorte de privilège concernant les commentaires rustres ? Il laissa son humain se rattraper, un peu -de la haute voltige- et Nymphe hésitait à lui faire momentanément la tête. Après tout s'il devait écouter tout ce que racontait son humain il n'était pas sorti de l'auberge. Candyce avait une habilité certaine à sortir un nombre incroyable de conneries, certaines, il ne les pensait même pas, mais il les disait quand même, les inventait, les faisait sortir d'un néant obscure pour une raison toute aussi peu claire.


Ses doigts serrèrent un peu plus la main de son double. Elles aux moins étaient entrelacées dans un espace chaud et protégé. Eux n'avaient jamais dormi du même sommeil dans la même matrice. Peut-être que leurs âmes avaient été attachées l'une à l'autre, avant même la conception de Candy, auquel cas elles avaient été arrachée à un moment. Inexorablement. Douloureusement.
Quand ils étaient petits il leur arrivait de dormir ensemble. A l'époque ou ça ne signifiait rien encore. Rien de plus que "hahaaa Nymphe a peur du noir et des orages, et de l'avion de 23h30 qui passe au dessus de chez nous". C'était vrai. Mais enfant Nymphe n'avait pas peur d'être mangé non, il craignait pour son humain, se rassurait en pensant que si un monstre quelconque trouvait deux petits garçons dans le même lit, alors il y avait une chance sur deux pour qu'on le mange lui plutôt que Candy. Parce que son humain était si fragile, n'est-ce pas ? Lui pouvait être tué, il ne survivrait pas au passage d'un train ou même à une quelconque maladie.
Atteint par le syndrome des flash-back, il continua à se remémorer leur âge d'or à tous les deux, qui se trouvait selon lui avant la découverte des hormones par Candy. A cette époque quand Candy était malade il s'offusquait de voir leurs parents continuer à vivre comme si un rhume ne tuait personne. Bon certes ce n'était pas le cas mais... Lui petit reflet était resté au chevet de son "frère" pour s'assurer qu'il ne lui clamserait pas entre les doigts pour Dieu-sait-quelle-raison. Peut-être que ça aussi ça avait agacé Candy, peut-être qu'il avait été trop collant, ou pas de la bonne façon.

Ils pénétrèrent dans un immeuble, un de ces immeubles avec des jeunes assis en face de la cage d'ascenseur, squattant joyeusement les escaliers. C'était une sort de coutume autochtone que Nymphe comprenait mal. Certes il aimait les escaliers lui aussi, c'étaient des bancs potentiels intéressant mais... est-ce que s'y réunir à dix tenait du rite tribal ? Se passait-il des choses lorsque le petit groupe se retrouvait seul ? Ce n'était pas ses lectures médiévales qui l'aideraient à éclaircir ce point là. Des sifflets retentirent et Nymphe allait leur adresser un sourire hasardeux lorsque son humain le précipita à moitié dans l'ascenseur. Bah sans doute qu'il s'occupait d'eux. Nymphe glissa ses doigts trop fins dans ses cheveux, histoire de vérifier qu'ils étaient toujours là, l'autre main toujours enfouie dans la poche de Candy. La pensée que quelque chose puisse arriver était bien loin de lui. Rien ne pourrait les toucher s'ils étaient ensemble, comme si le reste du monde était une sorte de décors, un fond virtuel, sans vraie existence, quelque chose de distant qui ne pouvait pas communiquer avec eux sans leur consentement. Une idée bizarre n'est-ce-pas ? Il était toujours dans cette sorte de bulle avec son humain, mettant tout le reste à distance, comme s'ils n'étaient que les deux seuls êtres à vraiment vivre sur terre, que les autres étaient d'une autres espèces, des choses avec lesquelles ils ne pourraient jamais s'entendre vraiment. Un point de vue bien particulier qui n'avait jamais atteint la partie consciente de sa tête. Et heureusement. L'espace entre les quelques étages, il se risqua à poser sa joue sur l'épaule de Candyce. Parce que leur proximité s'y prêtait, parce que les autres doigts s'étaient resserrés sur les siens, alors il était juste assez en confiance pour se permettre ce geste. Jusqu'à ce que les portes s'ouvrent et qu'ils ne redeviennent deux entités séparées. Se tenir la main c'était bien, c'était une sorte d'assurance. Dans une quelconque dispute, la première chose que font les deux parties c'était de défaire cette étreinte. Parce qu'on ne peut pas frapper physiquement quelqu'un qu'on tient par la main. Alors voilà maintenant qu'ils la lâchaient tout pouvait se passer.
Soupir silencieux dans le dos de Candy.
Quoiqu'il se passe il était rentré non ? Ça irait...

-Tu as déjà joué au foot, Nymphe… ?Il va falloir que tu joues au goal. Misery a entendu les clefs dans la serrure, il est à l’affut et dès que je vais ouvrir la porte, il va jouer au missile supersonique. Et si tu le chopes pas, on va devoir lui courir après sur tout l’étage. Et ce n’est pas très drôle, il trouve toujours plein de planques.

Il ne put que cligner sobrement des yeux face au sérieux de son humain. Donc si ses neurones étaient toujours en vie il s'agissait d'attraper un chat ? Il devrait pourquoi le faire, ceci dit il préférait ne s'avancer sur rien. Ses iris se braquèrent anxieusement sur le côté où la porte s'ouvrirait, guettant... A peine la porte entrouverte, un petit museau s'y glissait avait impatience, une petite tête pleine de poils. Nymphe se pencha et tendit les bras pour recueillir la bestiole, plus lourde que ce qu'il aurait pensé, deux ou tris petits kilos quand même... Il cala le félin contre sa poitrine et entra pour que son humain ferme la porte, le nez dans la fourrure. S'il avait développé une allergie c'était le moment de vérité...
Il écoutait son double en faisant joyeusement connaissance avec la bestiole, laissant la pointe des oreilles effleurer ses lèvres, chatouillant le menton du doigt et le laissant mâchouiller ses cheveux bleus. Enchanté Misery, lui murmura-t-il, et le chat le regarda gravement sans lui répondre. Mais à quoi il s'attendait aussi ? Il frotta sa joue contre la truffe humide, recentrant son attention sur l'autre bestiole plus difficile d'approche.

- J'ai pas du tout réfléchi à comment rentrer, avoua-t-il prudemment.

Mais il trouverait, les rues la nuits dans Calyppe, il connaissait. A cause de son boulot. Il savait comment se fondre dans les ombres des immeubles, passer devant les gens en étant invisible. Parfois il fallait leur accorder le regard un peu apeuré qui les faisait rire mais les laissait satisfait. De ça il n'était pas particulièrement fier, mais c'est grâce à ça qu'il était encore intact, il n'avait pas honte non plus. Nymphe prit place sur le canapé, qu'il observa du coin de l'œil pour voir des traces de.... je-ne-sais-quoi de déplaisant, des dents, une langue géante ou des éventuels tentacules (?), ou plus probablement des taches de peinture non sèches, des boules de poil. Ne trouvant rien de tout ça il s'assit, Misery faisant connaissance avec ses cuisses, enfonçant ses pattes à coussinet dans sa chair.

- Je t'attendrais alors, répondit-il gentiment, et je me servirais du jus de pomme ne t'en fais pas.

Sa phrase se finit en une grimace, à cause des griffes que le félin enfonçait sous sa peau, s'étirant sur ses jambes l'air bienheureux. Il tenta stoïquement de résister quelques poignées de secondes avant de faire un léger mouvement pour inciter le chat à partir. Celui-ci se coula sur le plancher avec une grâce caractéristique, lui adressa un regard et partit se frotter contre les jambes de Candy, pendant que le reflet se frottait les cuisses pour en faire partir toute sensation de griffure. Au moins il pouvait se relever, marcher jusqu'au frigo et y prendre la bouteille de jus de fruit sous l'œil de Candyce. En effet les pommes étaient vertes sur l'emballage. Il ne comprenait pas très bien l'importance du détail mais sourit doucement à l'adresse de son humain quand même.

- Je pourrais visiter quand tu sera pas là ?

Il fit tourner son verre rempli de jus au couleurs dorées entre ses doigts. Non il n'avait pas l'intention de fouiller la chambre de son humain, de trouver des photo et des lettres d'amour de M. l'Egyptien. Paaaaaaaas du tout. Juste euh jeter un œil dans le reste des pièces, et puis il se loverait en boule sur le canapé ensuite. Enfin ils pouvaient aussi visiter l'appart tous les deux. Il reposa son verre dans un évier qui passait par là et se lécha les lèvres des dernières traces au goût de pommes.

- Merci pour le verre.

Cette histoire de rentrer chez lui le taraudait. En général il ne s'inquiétait de rien, rentrait simplement chez lui, passant à travers les quartiers peuplés de personnes plus ou moins ivres. Mais là, cette simple petite remarque de la part de Candy le faisait hésiter, comme si juste parce qu'il en avait parlé le risque de se faire agressé était subitement décuplé. Mais il était hors de question de dormir chez son humain tout de suite. Non il avait des positions à tenir sinon... sinon tout partirait en sucette, comme d'habitude. Donc mieux valait se faire agresser que rester dormir ici. Il retourna s'asseoir sur le canapé, songeur, retirant distraitement ses chaussures pour replier ses jambes et poser son menton sur ses genoux. Misery ne tarda pas à revenir à l'assaut et Nymphe caressa son dos du bout des doigts. Misery.... Finalement il n'avait eu aucune pensée zoophile, ce qui était grandement rassurant. C'était simplement ce nom qui lui réchauffait le cœur. Une langue râpeuse lui lécha les doigts. Misery...

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[You wanna know?]
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Candyce C. Highborn
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MessageSujet: Re: [Numéro 11 ; Appartement 69B] Entre chat-torpille et bazar organisé ; bienvenue ! [PV]   Sam 3 Oct - 19:39

___ « Aimer jusqu'à la déchirure - Aimer, même trop, même mal, - Tenter, sans force et sans armure, - D'atteindre l'inaccessible étoile... »


    Electricité. Un courant. Douloureux. Qui relie un point à un autre. Toi à moi ? Les doigts de Candyce s’égarèrent un instant dans les poils de Misery qui mit aussitôt la machine à ronronnement en marche, arrachant un sourire attendri à Candy, le visage à demi baissé vers la bestiole. Il n’avait pas envie de répondre à Nymphe. Il n’avait pas envie de le regarder. Ou plutôt si. Il avait besoin de le regarder. De le serrer dans ses bras, de poser son front contre le sien et de river son regard dans le sien. Et de ne plus bouger. De rester là, cloitré dans cet appartement, avec son chat et son Reflet et d’envoyer bouler le monde, le boulot, les impôts. Tout. Même ses parents. Surtout ses parents. Il déglutit, chassa d’un geste de la tête ennuyé toutes ses pensées. Il n’avait pas le droit de penser à ça. Pas maintenant. Pas alors qu’il le fixait, assis sur le canapé, près, trop près, pas assez. Il ferma les yeux, inspira très fort et se força à esquisser un sourire à son égard alors qu’il revenait avec un verre de jus de pomme. Enfin apparemment. Le jeune homme esquissa un petit sourire en l’entendant le remercier. Un sourire qui oscillait entre le « Arrête de me remercier » et le « De rien ». Lui-même oscilla légèrement avant de se reprendre. Reste debout, Candy. Reste. Il se mordilla doucement la lèvre inférieure en songeant soudain à la fameuse histoire du tour du propriétaire. Pas que ça le gène, non, il n’avait rien à cacher, Nymphe savait tout – ou en partie. Mais… Il hocha de la tête pensivement pour lui-même. Ce ne serait pas prudent. En même temps, dites-le-moi, depuis quand Candyce Céphise Highborn se conduisait-il en homme prudent ? La question ne se posait même pas. Ses doigts glissèrent sous le ventre du chaton qu’il souleva à sa hauteur pour le caler dans le creux de ses bras avant de s’asseoir à côté de Nymphe, sur l’accoudoir du canapé. Le pauvre truc était un peu défoncé, un peu bon pour la casse, mais Candyce n’en aurait changé pour rien au monde. Il se doutait bien que Nymphe ne devait ni s’en rappeler ni même le reconnaître – il avait changé la housse entre temps – mais ce canapé, c’était le premier achat qu’ils avaient fait ensemble lorsqu’ils avaient pris leur appartement, il y a de ça trois ans. Ensemble. Alors il avait embarqué ce meuble, en se tirant, et avait laissé tout le reste. Il avait laissé le canapé dans un dépôt, le temps de revenir – parce qu’inconsciemment, il avait toujours su qu’il allait revenir – et l’avait repris dès sa sortie de la gare. Ca avait été son premier geste. Avant même d’aller chercher les clefs de son appartement. Il laissa Misery couler hors de ses bras de bonne grâce et le regarda aller frotter son museau contre le bras du Reflet avec un sourire amusé.

    « Je suis surpris… Après tous ces déboires avec les humains, je pensais pas qu’il aurait le feeling avec toi comme ça, rit doucement le jeune homme en glissant ses doigts dans ses cheveux. Je suis content, en fait. Je l’aime, cette boule de poil, murmura-t-il avec affection en appuyant son index entre les deux yeux du chaton qui miaula d’un air mécontent. »


    Et toi aussi je t’aime. Mais te le dire, ce serait suicidaire. Ce serait comme se tirer une balle avant de se jeter d’un pont. Parce qu’il l’aimait beaucoup trop mal pour que le sentiment finisse par toucher quiconque. Parce qu’il l’aimait beaucoup trop fort pour l’oublier. Parce qu’il l’aimait au de là même du dicible très certainement. Alors il se taisait pour éviter d’avoir l’air maladroit. Alors il se taisait à défaut d’avoir les mots. Alors il se taisait et réinventait tout un vocabulaire de regards et de gestes avortés pour dire ce que les mots refusaient. Et puis, sans doute trop perdu dans ses pensées pour que le signal d’alarme se mette en place, ses bras se nouèrent autour du cou de Nymphe et sa tête se nicha contre son cou. Il ne dit rien. Il ne réalisa sans doute même pas. Ses bras se serrèrent autour de son corps alors qu’il refoulait les larmes qui lui montaient une nouvelle fois aux yeux. Il se serra quelques secondes de plus contre lui. Parce que je t’aime Nymphe, je t’aime. Ou pas. Ce n’est pas ces mots là que j’aimerai te dire parce qu’ils ne signifient rien, qu’ils n’ont aucun sens. Ce n’est pas de l’amour, tel que le monde l’entend, ce n’est pas non plus autre chose. C’est tellement compliqué.

    « Je…, balbutia-t-il en se détachant de lui, je… Crois que je vais y aller… Je veux dire… Chez les voisins. Et… Bref, à tout de suite…, sa voix s’étrangla. Visite l’appartement tant que tu veux. Je ne m’appelle pas Barbe-bleue, aucune pièce ne t’es interdite. »


    Ses doigts errèrent un instant sur la joue de Nymphe et il prit la fuite, littéralement. Comme un voleur, voleur de chaleur, de temps, d’affection. Ses doigts appuyèrent sur la clenche de la porte, sa présence disparut de l’appartement. D’un coup. Le vide. Comme dans sa tête, lorsqu’il lui avait donné son accord. Parce que Candy avait des trucs à cacher. Des trucs qu’il avait oublié de remettre en place. Son journal ouvert en grand sur la table de chevet. Entre autre. Les photos Waël et lui sur le rebord de la fenêtre. Pire. Les lettres dont l’encre avait bavé sous ses pleurs. Des lettres qu’il n’avait jamais envoyées. Des lettres qu’il comptait jeter. Et toute sa vie était en vrac au quatre coins de l’appartement. A la vue de tous. A sa vue surtout. Parce que tout ça c’était deux années de douleurs et de souffrances, que tout ça c’était sa vie, son cœur, son désespoir et son ressentiment mis à nu. Ca lui aurait fait peur en temps normal. Ca l’aurait mis dans une colère pas possible.

    Mais Candyce ne s’en était pas souvenu.
    Tant pis pour lui.

    Dans la pénombre
    J'ai reconnu ta voix
    Dans l'écho qui résonne
    Au bout du compte il vaut mieux s'en aller
    Changer de monde pour ne plus se croiser.


    On l’avait assis dans le canapé. On lui avait collé une tasse dans les mains et les deux vieux hommes aux cheveux plus sels que poivres le considérait avec un sourire bienveillant. Ils avaient un peu discuté. Si peu. Candyce était trop agité, les voisins, un peu trop compréhensifs. Il s’était retrouvé à fondre en larme contre l’épaule d’un de ses voisins. Comme un plouc. Enfin il n’avait pas d’illusion, il était lambeau, il était miette, ramassis humain de tous les défauts possibles et inimaginables. Alors voilà. Et on l’avait blottit là, on l’avait réconforté doucement et il s’était sentit un peu mieux. Juste un peu. Il trempa ses lèvres dans la tasse de thé en tremblotant légèrement. Il avait tout déballé d’un coup, tout vomi. Il avait haït, aimé, il avait tremblé et pleuré encore plus au fur et à mesure de son récit. Et on ne l’avait pas interrompu. On lui avait donné une boite de mouchoir et il avait noyé son chagrin à l’intérieur. Et puis, doucement, on lui avait mis le sac de croquettes dans les mains et on l’avait poussé dehors. On lui avait dit qu’il n’aurait rien en évitant et qu’il fallait qu’il continue à se confronter à Nymphe. Que tout irait mal, sinon. Peut-être l’avait-on pris pour un fou, peut-être. Toujours est-il qu’on lui avait proposé de dormir ici, après, ce soir, si rien ne s’arrangeait. Et Candyce malgré sa fierté en miettes leur était reconnaissant. Combien de temps avait-il passé là bas… ? Il jeta un regard à sa montre. Outch. Quarante minutes. Et si Nymphe était parti… ? Sa gorge brusquement et il ouvrit la porte à la volée, faisant rebondir la porte contre le mur avec pertes et fracas.

    Si Nymphe était parti, tout s’effondrait. Si Nymphe était parti, il ne saurait quoi faire. Si Nymphe était parti, il ne savait même pas comment il pourrait le retrouver. Il ne savait rien de Nymphe, de sa vie maintenant, des deux ans passés, de ses sentiments et ressentiments. Parce que tu me hais, n’est-ce pas ? Parce que tu me tues, dans tes rêves, non ? Que tu voudrais changer d’Humain, que tu voudrais… Que tu voudrais… Il se déchaussa, le regard vide et lança un regard désolé au sac de croquettes. Il avança doucement le long du couloir de l’entrée et finit par pénétrer dans le salon.

    « Nymphe ?!, sa voix vira dans les aigues, craintes et effrois mêlés. Nymphe, où est-ce que t’es passé… ?! »


    Il n’avait pas vraiment envie de le chercher, n’avait pas vraiment envie de savoir où diable était-il allé mettre son nez. Ce n’était pas la peine. Aussi se risqua-t-il à peine à dire – à crier, pour être sûr qu’où qu’il soit il l’entende :

    « Pour ce soir, je sais comment on va faire. Je vais crécher chez les voisins et toi… Toi tu prends mon lit. Il est propre, hein, et puis au besoin… Y a des draps dans les caisses sous le lit… Et euh… T’as pas le choix d’façon ! »


    Qui était-il pour dire ça ? Personne. Mais tant pis. Tant qu’à être insolent, autant l’être jusqu’au bout. Et puis il avait l’habitude de se faire frapper, ça ne lui faisait pas peur. Et puis il avait fermé à clef derrière lui et… Il grimaça. Nymphe allait se sentir piégé. Hu… Il ferma les yeux et se roula en boule sur le canapé avant d’agiter le sac de croquettes.

    « Miiiis… ? A la bouffe, mon vieux… »


    Le bruit des pattes sur le sol. Candyce sourit.

    Se dire que le bonheur des uns
    Fait le malheur des autres
    Et puis maudire le temps
    On a perdu le notre.

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Nymphe Christa
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MessageSujet: Re: [Numéro 11 ; Appartement 69B] Entre chat-torpille et bazar organisé ; bienvenue ! [PV]   Lun 5 Oct - 18:57

Nymphe releva doucement la tête à la remarque de Candy. Une expérience avec les humains ? La boule de poils n'avait pas l'air si âgée pourtant, ni particulièrement usée. Ses doigts jouèrent avec la truffe. Un feeling hein ? Il se sentait étrangement fier de s'attirer l'amitié d'un chat. Peut-être qu'il devrait s'inquiéter sérieusement de sa sociabilité. Après tout le départ de Candy aurait pu être pour lui le début d'une nouvelle vie. Ça n'avait pas été le cas, il avait réussi l'exploit de tenir deux ans sans un seul pilier, un seul réconfort. Se faire employer sans se lier particulièrement aux collègues, vraiment il y avait des choses qu'il réussissait haut la main. Comme passer inaperçu, avec sa tête d'enfant et ses cheveux bleus, faire du strip-tease en exhibant ses articulation rachitiques. Oui mais ça ce n'étaient pas des médailles qu'il pouvait porter fièrement.
Il allait murmurer quelque chose quand un bras passa devant ses yeux. Situation surréaliste, une étreinte se referma sur lui, et le visage de Candy se nicha dans son cou. Il eut envie de frissonner, de repousser son humain mais non, non ce ne serait pas très.... diplomatique. Rester immobile plutôt, immobile et silencieux, et ça passerait. Candyce s'égarait, Candyce oubliait qui se trouvait à côté de lui. Malaise intense. Même avec une immense bonne volonté il n'y comprenait rien. Il avait enlacé Sphère, s'était pressé contre lui, mais c'était parce que l'autre Reflet... Ha il y avait un million de bonnes raisons. Sphère lui ressemblait, Sphère le comprenait, et il avait cette façon de sourire, de raconter les choses... Sphère était magique, les choses étaient simples avec lui, instinctives. Candy était... compliqué. Depuis toujours. Trop compliqué, abonné aux raisonnements obscurs et tortueux. Et il n'y avait jamais eu aucune facilité entre eux, aucune feeling rien qui ne justifie une étreinte. Pourtant sa joue était toujours contre lui. Chaude. Le cerveau de Nymphe cahota, frôla l'erreur système et repris courageusement son raisonnement. Ce n'était certainement pas une étreinte d'humain à reflet. Sur ce plan là ils avaient carrément échoué -comme sur tous les autres en fait. De frère à frère ? D'humain à humain ? Peut-être que Candy était fatigué pour... plein de raisons en fait. Manque de sommeil, travail compliqué... Le petit Séraphin avait énormément de mal à appréhender qu'il pouvait y avoir des problèmes venant de l'extérieur. Rien que leur relation, toi, moi, nous, tout ça était déjà si entortillé. Il leva les bras, résistant à l'envie de le pousser loin, parce qu'un contact peau contre peau c'était bizarre et lui frôla vaguement la joue. Ha non c'était un geste qu'on faisait aux enfant ça. Sûr que la dernière fois ça marchait encore, la dernière fois qu'il avait cherché à rassurer Candy...

« Tout va s'arranger tu sais, parce que je suis ton Reflet. Fais un vœu et je l'exaucerais. J'effacerais ta peine, je suis né pour toi. Alors ne pleure pas, Candyce... »


Il y avait si longtemps.
Des doigts vinrent sur sa peau à son tour, chatouiller le visage. Il tourna la tête, se sermonnant déjà qu'il aurait pu le supporter si ça faisait plaisir à Candy, si ça l'amenait à lui parler. Le poids contre lui s'évanouit, l'étreinte disparut, et l'humain partit en coup de vent, juste le temps de donner une formalité à la chose. Nymphe porta une main à sa joue pour la frotter et en reprendre possession. Ca n'avait pas été agréable, du tout. Mais il n'avait pas voulu que Candyce s'en aille non plus.
Il fixa ses genoux, continua à se frotter la peau longtemps après le claquement de porte, les yeux dans le vague, essayant de tenir un maximum de temps immobile sans s'ennuyer.
Puis il se leva. Enfin.

Bury me deep, bury me deep. Deep inside your heart,
Cause you made me so complete from the very start.
See the light of the mourning sun, bringing me down like a bullet of a gun.
In my heart it´s raining too. Bringing me down just like you.


La salle de bains était somme toute normale, même propre, quoique le peu de produits se bataillant sur les étagères rangés tout de travers. Nymphe n'était pas maniaque, loin de là. Il se demandait ce qu'il cherchait en notant ce genre de détails. De grandes révélations sur la personnalité intrasèque de Candy ? Un panneau lumineux et clignotant ou carrément un manuel ? Un sourire s'étala sur ses lèvres pendant que Misery slalomait entre ses jambes, tentant très certainement de le tuer en le faisant tomber sur un coin de porte. "Apprivoiser votre Candy", "n'ayez plus peur d'avoir un humain à la maison". Ce serait si simple s'il y avait un truc magique à faire. Avec une cerise par exemple. La petite teigne deviendrait toute obéissante si on lui mettait une cerise sous le nez. Candy obéissant. Et pourquoi pas la paix dans le monde? Oh un placard.
Il s'aventura dans la chambre avec prudence. Le lit défait (mais qui faisait son lit de nos jours?), les quelques vêtements qui traînaient... La pièce était sombre, les volets étaient fermés et il n'avait pas allumé la lumière en y entrant. Pour en voir le moins possible ? Pour ne voir que la surface et ne tomber sur rien, rien de possiblement heurtant. Là non plus il ne savait pas à quoi il s'attendait. L'air était teinté de l'odeur de Candy. Toutes les chambres portaient la fragrance de leur propriétaire, mélange subtil entre leur savon, leur lessive, et leur propre odeur corporelle domestiquée par les produits précédents. Puis que c'était la pièce qui ressemblait le plus à Candy, ça en faisait d'elle la plus agressive non ? Une chance qu'il ne distinguait que vaguement tout ça à la lumière du couloir. Ensuite il y avait des endroits où ne pas regarder. A l'intérieur des tiroirs par exemple, sous le lit, sur le bureau quand il y en avait un...
Ses ongles effleurèrent une photo, qu'il porta masochistement à la lumière. Ce n'était pas qu'il s'était naïvement attendu à une photo de famille non, simplement la curiosité prenait une place assez importante chez lui aussi. La curiosité faisait mal parfois. Il ne connaissait pas la personne sur la photo avec son humain, mais sa paranoïa grandissante lui chuchotait "sûrement son amant égyptien". Qui d'autre ? C'était bien, ça le réhabituait à cette douleur lancinante. D'ailleurs il n'avait pas connu ça avant le départ de Candyce. Eyh il pouvait brûler la photo, ou bien l'abîmer, la laisser tomber, marcher dessus... Au lieu de ça il la reposa, petit fantôme de passage qui de toute façon n'avait pas son mot à dire sur le cours des choses. Il se frotta machinalement la poitrine en essayant de faire partir ça. Parce que c'était pas franchement agréable. Il s'assit sur le lit, regardant le bout de ses pieds avec l'intention de broyer du noir pendant un très long moment. Si son regard passablement déprimé n'avait pas glissé sur un livre ouvert. Cool un livre. Il l'amena à ses genoux, marqua la page de l'index, regardant distraitement la première de couverture, n'y trouvant aucun titre, simplement une page vierge et cartonnée. Un coup d'œil sur la page et l'écriture manuscrite confirma ses doutes. Et pourtant, par excès de candeur, il cru une seconde que Candy écrivait un roman. Candy aimait tellement lire, et puis ça lui irait bien.
Les mots le détrompèrent.
Et quand il comprit, il releva les yeux, fermant à demi le carnet, regardant autour de lui. Ce n'était qu'une impression si la pièce s'était soudainement assombrie hein ? Pourquoi ces lignes lui faisaient si peur ? Peur ? Il avait l'impression que quatre cloisons épaisses s'étaient refermées autour de son esprit, une grosse poigne sur son cœur. Comme de l'angoisse, mais en pire, en plus sourd, en plus tenace. Ce n'était pas ce qu'il avait lu qui le mettait dans cet état, il avait tout au plus relevé une phrase. Ce n'étaient pas les mots qui l'effrayaient, mais les "mots que Candy avaient écrits". Son humain était la seule personne à avoir une prise sur lui, une emprise totale. Mais Candy ne parlait pas en général, ou pas de choses importantes, il était une chaîne cryptée qu'il fallait décoder en permanence. Alors un journal tenu par Candy et tombé dans les mains de Nymphe, c'était la bombe H, de la puissance à l'état pure, une menace plus certaine qu'un couteau à moitié enfoncé dans sa gorge. Il fit ce que toute personne sensée aurait fait à sa place. Il lu.

You were the first, you were the last,
The beginning and the past.


Une page s'était ouverte au hasard, au plus grand des hasard, bien qui ai lu la peine de lire les premières lignes du tout début du journal. Ensuite il avait prit le milieu, mercredi quinze aout, et avait senti son malaise se transformer en nausée avant même de commencer à lire. Ravageur, et lui se frottait à tous les piquants qu'il pouvait trouver. Ce qu'il était stupide. Ce qui ne le sauva pas le moins du monde, c'est qu'il ne se heurta même pas à des clichés du style "mon cher journal". Même pas. Les mots achevèrent de se refermer sur lui, comme s'ils n'avaient été créés que dans le but de tripoter son coeur, de venger Candyce. Les boucles se gravaient au fond de sa rétine, les phrases s'alignaient dans sa tête, brutes et de fer blanc, cruelles. On n'avait pas le droit de lui dire qu'il avait tort, pas le droit de lui dire que son humain souffrait par sa faute, pas droit, tout simplement, pas le droit.
La porte s'ouvrit en claquant, et le reflet devenu surémotif depuis qu'il était entré dans cette chambre, dans la gueule du loup en fait, sursauta franchement, se tassa sur son bout de lit, partagé entre l'idée de partir en courant dans la direction de Candy et faire semblant de ne pas avoir fait de conneries, et celle très tentante également de se cacher sous le lit. Il parvint avec énormément de mal à décrocher ses yeux de la porte ouverte de la chambre où il pouvait surgir à n'importe quel moment pour retrouver la dernière page, et poser le jounal ouvert comme il l'avait trouvé sur la table de nuit. Voilà... tout irait bien, il pourrait faire une crise à Candy pour les photos et ça donnerait l'impression qu'il avait bloqué dessus sans voir rien d'autre. Pourquoi n’a-t-il jamais compris ? Que par amour on pouvait commettre les pires atrocités ? Que moi, je voulais juste qu’il réagisse, qu’il me dise que je n’étais pas qu’un outil pour lui.
Non il ne pourrait pas.

- Pour ce soir, je sais comment on va faire. Je vais crécher chez les voisins et toi… Toi tu prends mon lit. Il est propre, hein, et puis au besoin… Y a des draps dans les caisses sous le lit… Et euh… T’as pas le choix d’façon !

La dernière phrase le fit sourire. C'était maladroit, ce genre de maladresse qu'on pouvait trouver adorable. Il sortit timidement de la chambre, accroché à l'espoir que Candy n'allait pas l'engueuler comme un quelconque poisson pourri. Il s'avança jusqu'à trouver son humain en boule sur la canapé et en plein communion féline. Il les rejoint, sans trop savoir comment se comporter, en fermant sa gueule et se faisant oublier. Du moins le temps de savoir.

- Je peux prendre le canapé tu sais, offrit-il avec un sourire.

Le fait étant que Nymphe était aussi un peu une princesse, et qu'il n'arriverait certainement jamais à dormir sur un canapé, il s'agissait d'une proposition de circonstance. En fait c'était pratiquement pour entendre Candy répondre "non je prends le canapé, t'es l'invité je te laisse le lit". Mais le cas échéant, qu'il aille dormir chez les voisins était bien aussi. Ce n'était pas méchant, c'était l'instinct de préservation qui parlait. Et puis s'il pouvait être seul et parler au chat pour avancer au milieu de ses remises en questions ce sera sûrement mieux.

- Tu veux qu'on aille dormir maintenant ? Du coup vu que je squatte officiellement chez toi on pourrait...

On pourrait quoi ? Faire des crêpes et écouter de a musique ensemble comme si on était les meilleurs amis du monde ? Autour d'un verre, épaule contre épaule pendant qu'on passe le dernier Era ou Dead can dance ? Non Nymphe, ce ne sera jamais aussi simple avec Candyce. Les yeux bleus se baissèrent vers le chat, triste de n'avoir strictement rien à proposer à son double.
Il n'y a même pas de potentialité de bon moment à nous deux. Une langue râpeuse lui lécha les lèvres, et il saisit la boule de poil entre ses bras avant de grimacer et s'essuyer la bouche.

- Buwaaaah il vient de manger ou quoi ?

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MessageSujet: Re: [Numéro 11 ; Appartement 69B] Entre chat-torpille et bazar organisé ; bienvenue ! [PV]   Lun 5 Oct - 21:13

___ « Le secret, c'est qu'il n'y a pas de secret. Nous sommes des petits enfants égoïstes et malheureux, pleins de peur et de colère... »


    Il n’y a rien de plus simple que de disséquer un autre que soit. Il n’y a rien de plus simple que de comprendre, que d’analyser, les autres. Il en va autrement lorsque cela nous touche d’un peu plus près. De ce fait, Candy avait toujours bloqué lorsqu’il s’agissait de parler de lui. Que ce fut à Nymphe – on en a bien vu le résultat ces dernières années… –, Waël ou encore ses parents, ça ne changeait rien, pas un seul mot ne franchissait sa bouche. Pas qu’il fut timide ou quoique ce soit, non. Candyce n’aimait juste pas parler de lui. Parce qu’il se sentait toujours au bord du gouffre et qu’il savait qu’un regard, un souffle, un geste, pourrait le faire basculer. Equilibre chancelant. Poupée de paille vacillante. Combien il était plus simple d’écumer le fond de soit à coup de mots ! Incompréhensible. Depuis combien de temps noircissait-il ce journal ? Cinq ans au moins. Tous les jours. Sans se lasser. Il essorait son cerveau, triturait son cœur. Foutait son corps à sac. « Cambriolage, monsieur, veuillez tracer vos peines et vos souvenirs à l’encre de Chine. Je suis là pour vous piller de votre mémoire. » Alors sa main traçait lentement des pleins et des déliés éponges à larmes. Le papier sentait l’odeur de sa peau. Des tâches parcouraient certaines pages. D’autres avait pris la pluie. Certains passages étaient raturés. D’autres étaient parsemés de larmes. Malmené, déchiré, pages volantes. Représentation exacte de Candyce. Un peu délabré. Un peu délavé. Toujours debout. Ce n’était pas simple, parfois, des fois sa plume butait. Parfois elle laissait des tâches. Mais il faisait ce qu’il pouvait pour rester droit. Oh, il ne réussissait pas toujours. Mais ce n’était pas si important que ça, si ? Si. Parce que personne de sain d’esprit ne comprendrait que Candyce était ce journal. Que ce journal ne mentait pas. Qu’il était sa seule vérité. Et si Candy avait su que Nymphe l’avait lu sans doute se serait-il senti en dessous de tout. Sans doute son masque de Monsieur-tout-va-bien se serait-il désagrégé en une poignée de secondes. Sans doute n’aurait-il pas pu affronter Nymohe qui arrivait au moment même. Parce qu’au final, c’était cela. Ils s’affrontaient. A qui cédera le premier. A qui semblera être le plus fort. Tout est dans les apparences. Masque. Miroir. Reflet. Ou pas. Sans doute pas. Sans doute était-ce encore ces illusions qui le poursuivaient. Comme toujours.

    Il écouta d’une oreille absente les phrases que Nymphe lui balançait. Elles n’étaient pas importantes. L’important c’est qu’il était là, qu’il n’avait pas foutu le camp, qu’il ne partirait pas dans la nuit et qu’il acceptait même de dormir dans le même appartement que lui. Pas dans la même pièce, oui. Mais c’était déjà autre chose que le « Non » tout net qu’il lui avait lancé à la figure. Ses yeux papillonnèrent doucement et il regarda avec un sourire à la limite du dégouté en regardant Misery donner un coup de langue à Nymphe. Au moins c’était radical, comme moyen de le dissuader de l’embrasser. Quoique. Il rit doucement et hocha de la tête en tirant son double sur le canapé par le pull. Il le fit s’asseoir, lança d’un geste machinal le dvd qui trainait dans le lecteur – un DVD qu’il avait récupéré sous un coussin du canapé, en le récupérant – et appuya sa joue contre son épaule en fermant les yeux avant de rire doucement :

    « Ouais, il a bouffé. Des croquettes. Il donna un petit coup dans le sac. Thon, poulet et légumes. Petit chanceux, va. »


    Il jeta un regard distrait et sourit en regardant le film, les yeux recouverts de cheveux. C’était de jolis souvenirs, au fond, les soirées au fond du canapé. C’était un peu eux, un peu avant, un peu après, quand il n’y avait pas tant de méfiance et de pleurs. Quand Nymphe aurait peut-être dormi avec lui sans rechigner. Quand il l’aurait embrassé sans craindre qu’il parte. Quand il n’avait pas peur de le perdre. Quand il pensait que tout lui était du. Il baissa le son – un peu – avant de lui lancer un regard en coin, un peu amusé, un peu ailleurs :

    « Tu veux les sous-titres en français ou l’anglais ça ira… ? »


    Il avait soigneusement évité de parler de la nuit à venir. Ce n’était pas très important, il décidera plus tard. Dans sa poche, la clef de l’appartement de ses voisins chauffait doucement. Oui. Plus tard. Ses lèvres s’attardèrent un instant dans le cou de Nymphe, vagabonde, perdue, pas vraiment volontairement mais pas vraiment innocemment non plus. De toute façon, il n’était jamais vraiment innocent. Il ferma à demi les yeux, se calant un peu mieux contre son reflet, un poil somnolent. Parce que finalement, il ne se sentait mieux que dans ses bras, que contre lui. Il ferma les yeux.

    And I won't hold you back
    Let your anger rise
    And we'll fly and we'll fall and we'll burn
    No one will recall, no one will recall.


    La musique sautillait au creux de son oreille, laissant flotter sur son visage un sourire satisfait. En fait ce n’était pas tant le film – bourré certes de souvenirs – mais plutôt l’odeur qui émanait de son Reflet qui le mettait dans ce semi-état de bonheur comme ça. Il n’osa pas l’enlacer de nouveau. Il n’osa même pas amorcer un quelconque autre geste. Ce n’était pas la peine, il aurait peur de tout casser, de tout briser un peu plus. Il rouvrit doucement les yeux, lui lança un regard pensif. A vrai dire, il serait peut-être finalement bon de répondre à sa question. Parce qu’il était juste hors de question qu’il le laisse dormir sur ce canapé ne serait-ce que parce qu’il avait trop vécu pour être réellement confortable. Et puis, ou du moins le pensait-il, c’était un test, forcément. Pour savoir si ce serait vivable. Ou pas. Il secoua la tête, se leva et ébouriffa doucement les cheveux de Nymphe.

    « Je vais chercher une couette… Tu dormiras dans ma chambre. Hors de question que tu dormes sur ce canapé. »


    Il poussa la porte de sa chambre, jeta un bref regard aux alentours et fixa son journal avec un visage blême. Pourvu que. Et puis il secoua la tête. Non… Si Nymphe l’avait vu, il aurait hurlé, aurait fait une scène. Forcément. Un sourire rassuré lui ourla les lèvres et il attrapa la couverture, saisissant au passage les lettres en pagaille qu’il voulait brûler. Il revint en sautillant, recouvrit avec tendresse Nymphe avec la couette et sortit sur le balcon avec son paquet de feuille, faisant rouler la molette de son briquet et enflammant les feuilles. Sourire un peu apaisé. Tourner la page. Jamais totalement. Un peu, au moins. Des letters pour Waël. Une ou deux. Des lettres pour Nymphe, des brouillons, des finies. Une vingtaine, une trentaine, il ne savait même plus. Il n’écouta pas ce que Nymphe faisait derrière, se concentrant sur les lambeaux de papiers qui se consumaient sur le sol, à ses pieds.

    Adieu.


    This is the last time I'll abandon you
    And this is
    The last time I'll forget you
    I wish I could.

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MessageSujet: Re: [Numéro 11 ; Appartement 69B] Entre chat-torpille et bazar organisé ; bienvenue ! [PV]   Mar 6 Oct - 21:34

Chanceux hein ? Nymphe tira la moue de la princesse à qui on faisait enfiler un superbe costume de canari. Oui certes. Quelle chance. Il s'essuya une deuxième fois les lèvres -sait-on jamais, il pourrait se transformer en croquette géante, ça c'était déjà vu après tout. Candyce frottait sa joue contre son épaule, peut-être que vivre avec Misery l'avait contaminé. (Misery, Nymphe frémit doucement en prononçant mentalement ce nom. Pas une seconde il n'avait douté que son humain puisse lui mentir, ses mensonges étaient si simple, c'était tellement facile d'y croire. Si facile...)
Il ne bougea pas, parce que bouger aurait été cruel, rejeter ce geste aurait été comme jeter Candy. Il ne voulait pas le jeter, non, il voulait simplement se réconcilier avec. Et s'il te plaît ne complique pas tout. Tu compliques tout depuis le début, je devrais même pas être là, on aurait du s'unir il y a longtemps... Ne mets pas entre nous ces "je crois que je t'aime", on a pas besoin de ça Candy, vraiment pas. Tu n'as pas essayé d'aimer quelqu'un d'autre ? Je suis sûr que c'est très très simple.
Et qu'est-ce que tu peux aimer chez moi ? Tu ne me connais même pas.
Mieux que personne.
Mais je ne t'ai rien donné à aimer pourtant.

Ses yeux bleus se baissèrent, il murmura "en français, tu sais pour ce qu'ils parlent de toute façon". L'introduction était un peu longue, les cinéastes réinventaient la texture et la couleur du sang, mais cela faisait partie du grand délire. Et tout de suite les chansons. Le Reflet devint carrément enthousiaste, délogea l'humain de son cou pour le faire glisser et poser sa joue sur ses cuisses, dans un réflexe vieux de plus de deux ans, le poser là et le protéger des mouvements brusques qu'il pouvait faire, en se cachant les yeux derrière ses doigts, parfois écartés, parfois hermétiquement fermés et où Candyce devait lui dire quand refaire surface.

You there, my friend,
Come, let me hold you.
Now, with a sigh,
You grow warm in my hand..


Il chantait parfois, quand il aimait trop le moment pour se taire, sa voix vibrait, pas nécessairement juste, pas nécessairement belle, mais en communion certaine avec les autres. Peut-être qu'il s'y reconnaissait un peu, dans cette folie. Il essayait de se calquer sur la voix de Sweeney mais finalement, c'était celle de Mrs Lovett dont il se rapprochait le plus. Sans l'égaler non plus. Un peu trop claire, un peu trop haut perché pour avoir la belle voix grave et sensuelle dont il rêvait. Il ne pourrait pas être la voix de son humain pour réaliser son vœu, quelle pitié.

Splendors you never have dreamed all your days
Will be yours..
My lucky friends!


Ses doigt s'étaient glissés dans les cheveux de son double, démêlés de façon maniaque comme d'habitude. Elle ne lui opposèrent aucune résistance, ces mèches doucement bouclées, un peu paresseusement. Elles étaient même chaudes, portaient l'odeur de Candy, mais il était trop loin pour la sentir. My frieend... Il ne savait même pas ce que cette chanson lui évoquait, mais il devait s'enfouir dans les boucles de son humain pour la chanter. Connexion, ondes sonores. Dans le film ç'aurait été le moment du pacte, passé avec les lames d'argent ciselé.
Peut-être qu'il s'était laissé un peu trop emporté. Candy l'écarta doucement pour s'éloigner. Chercher une couverture. Et lui léguer son lit. Il réussit à ne pas sourire trop large, rester dans les limites de la politesse, et resta en tête à tête avec l'écran qui l'empêchait momentanément de réfléchir. I know, you've been locked out of sight all these years. Like me, my friend... Le brun revint avec la couette que le reflet bleu accueillit avec un large sourire, s'emitouflant dedans.



- J'ai mis le film sur pause, indiqua-t-il doucement, comme pour ne pas déranger.

La faible lueur orangée des flammes sur son visage lui donnait un petit air irréel, jouait dans ses iris. Il tendit sa main au poignet trop anguleux, saisit entre son index et son majeur un papier qui était à moitié intact. La flamme mourut quand elle fut séparée de ses sœurs, ne laissant qu'une frange noire et une mince ligne rougeoyant encore un peu. Ses cils cachaient ses yeux qui s'étaient baissés. Des mots, la maison de Candy était une cage à mot. Il avait remplacé son reflet par les feuilles qu'il aimait tant, décorées d'encre. Les feuilles étaient tellement plus simple à vivre, elles ne vous contrariaient jamais. Il lu lentement, moment d'immobilité, silence, suspension. Ça faisait sourire, comme le corps pouvait rester immobile quand tout se cassait la gueule dans un grand fracas à l'intérieur. Pas de son, juste l'odeur de feuilles mal brûlées. Combustion incomplète, comme disait Sphère.

Nymphe leva les yeux. Il faisait sombre alors rien n'était certain. Mais ses iris semblaient calmes, une sorte de sourire courba un peu sa bouche, et il laissa d'un geste tomber la feuille avec les autres pour qu'elle disparaisse, avec son accord. Un seul mot.

- Waël hein ?

You grow warm in my hand...
Et il partit, glissant dans les ombres, venu comme l'une d'entre elles, bleu et orange. Pas de regard en arrière. Il se sentait vide, vide dans une carcasse un peu douloureuse. Il relança le film et s'enroula de nouveau dans la couette, mécaniquement, mais le sourire n'y était plus. Le film, concentre toi sur le film, laisse toi porter...
L'écran devint de plus en plus flou. Il fronça les yeux mais rien n'y fit. Un battement de cils, et de grosses larmes dévalèrent ses joues, caressèrent sa mâchoire et se jetèrent sur le tissu de la couverture. Il s'y essuya doucement les joues, et prit le parti de rester ensuite parfaitement immobile. Et ça passerait inaperçu.

Come, let me hold you.
Now, with a sigh,
You grow warm in my hand.
My friend...

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Candyce C. Highborn
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MessageSujet: Re: [Numéro 11 ; Appartement 69B] Entre chat-torpille et bazar organisé ; bienvenue ! [PV]   Sam 10 Oct - 10:46

___ « Lorsque les trains déraillent, ce qui me fait de la peine, ce sont les morts de première classe. »


    Il y a beaucoup de choses auxquelles Candy pouvait ne pas faire attention. Beaucoup de choses qui n’attireraient sans doute jamais son regard. Beaucoup de choses que son regard traverserait sans jamais apercevoir. Mais Nymphe non. Il s’était tétanisé alors que Nymphe attrapait entre ses doigts le bout de papier qui se calcinait. Il l’avait fixé, avait guetté une réaction. Et puis les quelques mots. Mais Waël n’est plus, Nymphe. Mais il ne lui dirait pas. Parce que sinon, Candyce le savait, Nymphe allait déformer cela et penser qu’il n’était revenu qu’à cause de ça. Aussi ne dit-il rien. Aussi ferma-t-il les yeux en voyant Nymphe s’essuyer les joues. Son sourire se crispa, il poussa les cendres hors du balcon. D’un geste du pied. Envolé, le passé. Tout doucement, il poussa la porte vitrée avant de la refermer derrière lui. Et puis sans prévenir, il s’agenouilla devant son reflet, l’entourant de ses bras sans dire mot. Son visage s’enfouit dans ses cheveux et il serra un peu plus fort l’être contre lui. Il aurait voulu lui chuchoter des « Je t’aime. », à l’oreille. Des « Arrête de t’inquiéter. ». Des « Le passé, c’est derrière. ». Des « Je suis là. ». Mais non. Impossible. Les mots entravaient sa gorge et il se sentait démuni. Tendrement, ses doigts glissèrent le long de sa nuque. Des réminiscences, des bêtises. Plein de choses qui faisait que. Les mains remontèrent le long de son visage, effleurant ses joues. Il se sentait timide. Plus que jamais. Il avait peur de tout foirer. Il avait peur de le blesser, de lui faire du mal. Il avait peur de le voir partir. Aussi ne desserra-t-il pas son étreinte. Aussi le serra-t-il fort contre son torse. Pour ne pas qu’il s’échappe. Ses lèvres s’égarèrent contre l’oreille du jeune homme.

    Candyce avait tiré un trait sur l’Egypte. Ou du moins se plaisait à le croire. Pourtant c’était un an et demi de sa vie sur lequel il avait décidé de fermer les yeux. Mais il n’y avait plus rien à dire. Il avait rencontré Waël un soir d’été. Ils s’étaient quittés un matin de printemps. La boucle était bouclée. Ce qu’il s’était passé durant l’année et demi écoulée n’était que les aléas d’un couple comme les autres. Pas vraiment amoureux fou, pas vraiment non plus autre chose. Ca aurait pu continuer longtemps, s’il n’y avait pas eu Nymphe, s’il n’y avait pas eu le Reflet de Waël et son sérieux d’avocat de la défense. Mais ils étaient là. Alors ça s’était terminé. Douloureusement, un peu. Candyce s’était pris tout dans les dents. On n’échappe pas à son destin. Waël était devenu quelqu’un d’autre après son union avec son Reflet. Quelqu’un qu’il ne connaissait pas. Quelqu’un qu’il ne supportait pas. Quelqu’un qui ne s’appelait même plus Waël. Alors la lettre qu’avait vu Nymphe n’était adressé qu’à un fantôme. Alors les mots, volatiles, n’était là que pour s’échapper. Ce n’était pas la confession d’un quelconque regret d’une époque révolu. C’était juste comme les gamines disant « Cher journal » au début de chaque page de leur journal intime. Lui c’était « Cher Waël ». Et il s’agissait de lettre. Mais peu importe la forme, le fond reste identique. Journal ou homme qui n’est plus, il ne s’agissait que d’une présence éthérée et rassurante, que l’on a cru connaître et que l’on ne reconnaît plus. Des fois, il pensait au regard haineux que Laine – le Reflet de Waël – posait sur lui. Et, peut-être, que Candy comprenait enfin l’envie de Nymphe. Peut-être. Sans doute ne l’admettrait-il pas. Parce qu’il ne supportait pas de se voir rabaisser au simple rang d’objet dont l’on se sert. Mais il comprenait. Un peu. Beaucoup. Passionnément.

    A la folie.


    Comme l’hystérie qui l’avait pris lorsqu’il avait vu Abad – Eternité ; le Un – revenir. Comme ses poings s’abattant sur le torse et les pleurs secouant son corps fragile. Des sanglots anarchiques, plein de haine et de ressentiment. Alors c’était ça, la destination finale des humains ? C’était CA ?! Cette chose qui lui avait sourit avec un semi sourire narquois, cette chose honnie et détestée. Et Waël qui l’avait abandonné. Qui l’avait laissé en plan au beau milieu de ses beaux discours. Et Candy s’était senti plus démuni que jamais. Plus seul que jamais. Au milieu d’une terre inconnue. Au milieu d’inconnu. A vivre dans le même appartement qu’un inconnu. Qu’un haïssable inconnu. Oh…

    Fatalité.


    Ses doigts s’était noué autour de la gorge de l’importun et il avait rit. Et puis il était parti. Il lui avait fait peur, avait filé, avait fait ses valises en pleurant nerveusement. Cette proposition de poste était tombée à pique. Il avait giflé Arab, lui avait hurlé toutes sortes de choses, tout ce qui lui pesait sur le cœur et qu’il n’avait pas osé dire. Il avait pleuré à la traitrise de son seul repère, il avait hurlé la disparition, la douleur, avait frappé le destin. Celui qui voulait que tous les hommes finissent Un. Que lui et Nymphe allait disparaître. Totalement. Il lui cracha au visage et partit. Et comme dit Mercury, comme hurla le chanteur de Queen sur le seuil de sa mort, ses larmes séchèrent sur ses joues. Parce que,

    The show must go on.

    Prends mes soupirs donne moi des larmes
    A trop mourir on pose les armes
    Respire encore mon doux mensonge
    Que sous ton souffle le temps s’allonge.


    Les doigts de Candyce hésitèrent un instant avant de glisser sous le menton de Nymphe, redressant sa tête sans brusquerie. Un peu comme on apprivoiserait un chaton, une bestiole sauvage et rétive. Une sorte d’imploration, aussi. Un « Regarde-moi ! » silencieux et impérieux. Il riva son regard dans le sien, l’accula, ne lui laissa aucune chance de détourner le regard. Parce que s’il fuyait, Candyce abandonnerait. Tout. Il s’humecta les lèvres, souleva Nymphe légèrement pour s’asseoir sur le canapé et le hisser sur ses genoux. Ses doigts tracèrent des sillons le long de sa nuque et il demanda un instant ce qu’il voulait lui dire déjà. Ce qu’il devait lui dire. Il déglutit et puis le serra à nouveau contre lui. Il ouvrit la bouche, tenta vaguement de maitriser sa voix et puis chuchota :

    « Nymphe… Pleure pas… Surtout pas pour moi…, il ferma les yeux, raffermit son étreinte sur lui et chuchota : Waël, c’est du passé. Il n’existe même plus tu sais…, sa voix dérailla franchement : C’est à cause de ça que j’ai compris que j’avais pas le choix. Que j’étais condamné à disparaître. Ses yeux se closent, douleur. Je ne fuirais plus Nymphe… Et je ne regrette rien… Alors… »


    Alors vas-y, fais de moi ce que tu veux tant que tu restes contre moi. S’il te plait. Le visage de Candy alla se nicher dans le cou de Nymphe, sans plus rien dire. Sans plus rien ajouter. De toute façon, il ne pouvait pas effacer par quelques mots tout ce qui s’était passé. Tout ce qui ne s’était pas passé. Et la douleur. Et les larmes. Non. En effet. Ce n’était pas dans ses capacités. Misery vint se blottir entre lui et Nymphe et Candy murmura une dernière fois :

    « Ne pleure pas… »


    Même si ça prouve que, malgré tout, tu tiens peut-être à moi…

    Et mes rêves s’accrochent à tes phalanges
    Je t’aime trop fort ça te dérange
    Et mes rêves se brisent sur tes phalanges
    Je t’aime trop fort
    Mon ange mon ange.

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Nymphe Christa
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MessageSujet: Re: [Numéro 11 ; Appartement 69B] Entre chat-torpille et bazar organisé ; bienvenue ! [PV]   Sam 10 Oct - 16:43

Un doigt glissa sous son menton, le forçant à se relever, mettre ses larmes et sa peau rouge à découvert. Ses yeux bleus n'étaient qu'à moitié ouverts, et remplis d'eau. Il y voyait trouble, et ça le protégeait un peu du regard de Candy, ça le protégeait un peu tout court. Les billes transparentes s'enfuirent dans ses tempes, coulant du coin des yeux pour se perdre dans ses cheveux. S'il pleurait assez longtemps peut-être qu'il s'y noierait, comme Alice. Vert couleur poison, vert comme les alcools les plus puissants. Oh Candy tu portes tellement bien la couleur de tes yeux.
Il se laissa manipuler et attirer comme une poupée de chiffon, une poupée secouée de sanglots, de ceux des enfants qui ne veulent pas qu'on les entendent. Et les images mouvantes sur l'écran continuaient leur courte vie d'une heure et quelque, chantant toujours. Goodbye, Johanna. You're gone, and yet you're mine. I'm fine, Johanna, I'm fine... Et son humain le serrait, erreur de programme dans l'espace-temps. Avant, avant son départ quand ils se disputaient, Nymphe pleurait seul, et ô grand jamais devant son humain. Avant qu'il ne parte Candyce ne le touchait jamais, même être proche de lui ou le regarder parfois l'énervait tout seul. Alors des choses avaient changé ? C'était terrifiant le changement. Qu'est-ce que ça voulait dire précisément ? Qu'une tierce personne avait apaisé le cœur de son humain, lui avait donné du réconfort et de la force. Candy pouvait le tenir contre lui parce qu'il s'appuyait de toute son âme sur quelqu'un de mieux ? Quelqu'un d'autre... Quelqu'un qui n'était pas son reflet.
Il écouta, parce qu'il n'avait pas vraiment le choix, les mots qui s'étiraient à ses oreilles. Il eut un sourire amer et un sanglot plus gros que les autres. Dire qu'il pleurait devant Candy, dire que Candy tentait très maladroitement de le consoler. C'était la situation qui aurait du paraître logique depuis le début, pourquoi il avait l'impression que le monde entier foutait le camp ?

- T'es... même pas revenu pour moi, lâcha-t-il, accusateur.

Qu'est-ce qu'il était sensé en avoir à faire ? C'était bien lui que l'attention excessive que lui avait apporté Candy avait dérangé. De quoi se plaignait-il ? A moins que ce ne soit pas une plainte, juste une constatation, et qu'il soit en train de craquer à cause du "trop de vide" de son existence qui traînait, traînait...
Il ne tendit même pas les bras pour attraper Misery, le serrer contre lui. Aucun lien avec les personnes du vrai monde, tout ça parce qu'il ne voulait que personne ne soit triste lorsqu'il disparaîtrait. Tout ce qu'il avait c'était Candyce, Candyce qui ne voulait pas s'unir à lui. Là il acceptait doucement, à contre-coeur. Candy l'avait aimé longtemps avant hein ? Il l'avait lu, ça devait être un peu vrai alors... Il avait du le détester à force de trop l'aimer.
Les pensées s'embrouillaient dans sa tête, alimentant son envie de pleurer encore et encore, en sachant de moins en moins ce qui causait ces larmes précisément.

I'm tired guilt, I'm tired of crying.
I'm tired of work, and finished trying.
I'm tired of living, and scared of dying.
But there is nothing else...


Il n'avait pas passé ses bras autour de son humain, cherché sa chaleur, non, tout était encore trop confus, et il n'était pas en état de réfléchir aux potentielles réactions qu'un tel geste engendrerait. Trop intime. Et puis il lui en voulait à la base, aussi. Enfin un peu, il perdait le compte. Il n'était même plus certain de pleurer à cause de Candy. Plutôt à cause de sa vie toute entière. Il s'était recroquevillé en imitant les crevettes à la perfection, tout contre son torse, le trempant petit à petit.
Le flot s'était tari, mais le malaise était resté, juste un peu drainé, mais pas totalement. Le film était fini depuis longtemps. Il savait déjà comment il finissait bien sûr ; ils mourraient tous, comme dans la vie. Fatigué, le Séraphin aux cheveux bleu. Désormais sa joue cherchait un endroit contre Candy qui n'était pas humide de ses larmes, pour s'y appuyer et fixer les petits lumières qui s'allumaient sur l'écran. Elles n'étaient pas jolies mais ça lui faisait des points à fixer comme ça. Il renifla deux ou trois fois, se frotta le nez qui était devenu aussi rouge que ses yeux, aussi irrités... Il ne pouvait même pas les fermer, ça lui ferait du mal.
Il resta en poids mort complet sur son humain, longtemps, longtemps... jusqu'à ce que Candy suggère qu'ils aillent se coucher. Mais déjà Nymphe l'entendait depuis plusieurs pièces de distance, en bonne voie pour tomber endormi. Ça avait été une grosse journée hein ? Ce matin il recevait un message, le premier message depuis deux ans de Candyce, apprenant ainsi que sa Moitié impulsive était de retour à Calyppe, l'avait retrouvé, l'avait giflé, l'avait enlacé, avait mangé avec lui et l'avait vu draguer un serveur, était allé dans son appart, était tombé sur son journal, puis sur ces lettres... et pour finir lui avait chialé dessus pendant un temps appréciable. Il était peut-être temps que ça se finisse non ? Oui, ça suffisait pour le moment. Il se redressa, passablement engourdi, fit semblant d'être assez réveillé pour se soucier d'où dormirait Candy, que ce n'était pas trop tard pour qu'il puisse rallier l'appartement des voisins, et retourna surtout dans cette chambre sombre, sans allumer les lumières, se glisser sous les draps. S'il avait voulu dormir dans ce lit c'était principalement parce que c'était celui de Candy. Dormir au creux de son odeur, c'était un peu comme dormir avec lui, même si ça faisait des années et plus encore qu'ils n'avaient plus ce genre de connivence, à tel point que l'idée ne l'avait même pas traversé ce soir. Puisé, il s'endormit en moins de dix minutes, se réveillant au milieu de la nuit parce qu'il avait trop chaud, et se tortillant maladroitement pour enlever ses vêtements et les laisser tomber à côté du lit. Le lendemain serait un dimanche, il pourrait dormir tard, très tard, et aurait en contre-partie aucune bonne excuse pour partir de cet appartement. Tout reposerait sur sa volonté. Mais pour l'instant il n'aspirait qu'au sommeil. Il tira les draps autour de lui pour se fabriquer un cocon, un endroit apaisant à l'abri de ses rêves.

I've been beat, I've been broken
I asked for a place, the world has spoken
I was asleep, but now that I've woken,
I preferred my dream.


Nymphe émergea du sommeil petit à petit. Le lit n'était pas inconfortable du tout, aussi il décida de ne pas se réveiller et commater encore un long moment. Ses épaules se cachèrent sous les draps, frileuses, et il se tourna et se retourna dans le lit. Deux choses se produirent. Sa jambe heurta doucement quelque chose tandis qu'une chatouille insistante naquit dans son cou. Il sursauta et eut un mouvement de recul, rouvrant les yeux un peu trop brutalement pour ses pauvres petites pupilles. Il attrapa Misery qui s'était amusé à lui renifler la nuque, calant la boule de poils contre son torse fin exhibant sa blancheur et son manque de muscles en tout genre, et tomba rapidement sur la deuxième chose. A savoir Candyce, assis sur le bord du lit, l'air plus réveillé que lui en tout cas, le regardant en silence, peut-être avec un sourire en coin sur les lèvres. Un tout petit alors. Nymphe se redressa laborieusement, passant une main dans ses cheveux bleus en essayant vainement de se donner un air mieux coiffé, serra le chat contre lui comme un talisman et marmonna un "salut" mal assuré. En théorie, comme il avait un certain passé commun avec Candyce, il aurait du être à peu près sûr de pouvoir dormir en simple culotte dans son lit. Mais la certitude était passée. Si l'humain avait changé il ne savait pas à quel point, jusqu'à où. Il relâcha la bestiole qui s'aventura sur les terrain instable de ses cuisses, s'enfonçant dans sa chair à travers les draps.

- Tu as bien dormi ? Ils t'ont prêté un canapé ou quelque chose de mieux ?

Il se frotta les yeux du dos de la main, les information et les souvenirs reprennent leur juste place en bordel dans sa tête. Le journal, sa crise de larmes, Waël, les lettres... Et puis il avait faim aussi. Et envie de prendre un bain chaud avant d'affronter le froid des rues. Ou une douche, au moins. La salle de bains lui avait paru propre la veille. Et mieux que celle dont il disposait. Finalement ce déménagement à la fin du mois ne sera pas si terrible. Il démonterait ses quelques meubles en kit tout fragile et trouverait bien des endroits pour les mettre quelque part dans sa chambre. Dans sa chambre.

- Euh tu sais hier quand j'ai visité... enfin... je crois pas avoir vu d'autre chambre ou de pièce vacante.

Il ramena proprement le draps sur ses hanches puis replia les jambes, les entourant et posant le menton sur ses genoux, regardant son double avec un air comateux. Oh ils pouvaient parler sans problème, il ne serait pas capable de se mettre en colère présentement, quoique son humain puisse lui dire.

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MessageSujet: Re: [Numéro 11 ; Appartement 69B] Entre chat-torpille et bazar organisé ; bienvenue ! [PV]   Mar 13 Oct - 17:03

___ « Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux principes majeurs et rigoureux de tous ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l'ouvrir. »


    Candyce, Candyce, mais jusqu’où pousses-tu le vice ?, chantonna une voix dans sa tête alors qu’il tendait la main vers le visage assoupi de Nymphe pour écarter doucement une mèche de devant ses yeux. Le Reflet, pâle petit être dans les draps blancs, dormait toujours et Candy ne pouvait que s’en sentir rassuré. C’était tellement difficile de soutenir son regard parfois. Ce regard qui lui hurlait à quel point il le détestait d’être parti, à quel point il lui en voulait. Si bien qu’hier, Candyce n’avait pu répondre. Il n’avait pu lui dire « Tu te trompes », alors que la déclaration amère de Nymphe lui avait grillé les circuits. Pour qui d’autre avait-il pu revenir, bon dieu ? Qu’est-ce que Nymphe s’imaginait, à la fin ? Qu’est-ce qui rongeait son cerveau ? Qu’est-ce qui le persuadait de trucs aussi… Etranges ? Candyce avait eu beaucoup d’aventures. Soit. Candy était parti. Soit. Candy avait aimé quelqu’un d’autre. Certes. Mais pourquoi diable cela l’affectait-il alors que, toutes ses années, il n’avait fait que le dédaigner ? Alors que, toutes ses années, Candyce n’avait jamais vu qu’un visage impassible. Après tout, sans doute n’était-il qu’un outil. Ah oui. C’est vrai. Il ferma les yeux, soupira. Ses doigts tracèrent une légère caresse le long de la mâchoire de Nymphe avant qu’il ne s’écarte, fixant Misery avec un petit sourire amusé. Hier, tout s’était passé bien plus vite que Candyce ne l’aurait souhaité. Ca avait du faire beaucoup de choses à accuser d’un coup et il était plus ou moins conscient que Nymphe ne serait potentiellement pas dans son assiette au réveil. Aussi, pris d’une envie d’apaisement et de réconciliation, d’un nouveau départ sur des bases plus saines, moins chaotiques, Candy avait préparé le petit déjeuner et s’était glissé sans bruit dans la chambre où Nymphe dormait actuellement, posant le plateau sur la table de chevet et hésitant à le réveiller. Et puis la petite forme avait bougé et Candyce avait senti avec une acuité presque insupportable à quel point il était soulagé quand Nymphe et à quel point il se sentait heureux lorsque celui-ci se réveillait. Parce qu’il mourait de peur que pour lui rendre la monnaie de sa pièce, Nymphe n’ouvre plus les yeux. Plus jamais. C’était stupide, mais les frayeurs ne sont jamais rationnelles et Candyce se retint à grand peine d’enrouler ses bras autour de cet être à peine éveillé et de le serrer fort contre lui. Il n’était pas certain que Nymphe le prenne bien. Si, hier, son Reflet s’était niché contre lui, ce n’était qu’à cause des larmes, rien de plus et plus Candyce y pensait, plus cela lui semblait la seule solution logique. Aussi se contenta-t-il de lui déposer un baiser fugace sur la joue en guise de bonjour, n’écoutant qu’à moitié tout ce que lui racontait son Reflet.

    Mine de rien, les questions lui semblèrent épineuses. Aussi, préféra-t-il jeter un plaid sur les épaules dénudés de Nymphe avant d’ébaucher ne serait-ce qu’un embryon de réponse. Histoire de ne pas être déconcentré par la peau pâle sur laquelle ses yeux louchaient dangereusement. Il pouvait se retenir. Il savait qu’il devait. Mais lui et Nymphe à moitié à poil sur un lit c’était une alchimie bien trop dangereuse pour les malheureuses connexions qui se faisaient dans son cerveau. Surtout s’il était censé faire la conversation. Il effleura l’épaule légèrement avant de se mordiller la lèvre sans ménagement. Bon, soit, il avait dormi sur le canapé. Sur le sien, qui plus est. Pas chez les voisins. Mais Nymphe n’en était pas mort, si ? Il n’était pas allé le violer dans la nuit, n’est-ce pas… ? Rien de tout ça. Certes, depuis maintenant une trentaine de minutes, il tentait de fixer l’image de Nymphe endormi dans son lit comme si sa vie en dépendait. Certes. Mais ce n’était pas une raison, si ? Il envoya valser ses chaussons et rampa sur le lit pour se caler au côté de Nymphe dans un bruissement de tissus. Il s’appuya contre la tête de lit et ferma les yeux.

    « Il était tard et j’ai eu peur qu’en revenant ici tu ne sois plus là… Du coup, j’ai dormi sur le canapé. Tu n’avais pas l’air contre hier alors je me suis dit…, il poussa un petit soupir ennuyé avant d’ajouter, plus pour lui-même que pour Nymphe : Et puis il sent comme toi, le canapé. Comme nous, avant. Tu ne l’as pas reconnu. »


    Pas une once d’accusation. Une vague rêverie, peut-être. Une constatation au goût d’absolu. Candyce devait bien se résigner. Les choses importantes à ses yeux ne l’étaient pas forcément pour les autres et dans le cas de ce foutu canapé, cela se sentait cruellement. En même temps, il ne pouvait pas jeter la pierre à Nymphe. Lui-même ne comprenait pas son Reflet. Alors il ne pouvait pas le blâmer de ne pas saisir tous les rouages étranges qui maintenaient son corps. Ca n’avait aucune espèce d’importance, de toute façon. D’un geste nerveux, il essuya une tache imaginaire sur le tissu de son jean – le plus beau qu’il ait d’ailleurs, il n’avait pu se résoudre à s’habiller normalement – avant de pianoter du bout des doigts sur sa cuisse. Ah. Question piège. Pour tout dire, Candyce n’y avait pas réfléchi. Il voulait juste que Nymphe soit ici. Avec lui. Aussi ne répondit-il qu’après avoir soigneusement décortiqué l’interrogation dans sa tête, qu’après avoir pesé et soupesé ses mots. Nymphe risquait de ne pas être ravi du tout mais Candy ne voyait vraiment pas d’autre solution. Aussi soigna-t-il au possible ses mots, articulant doucement :

    « Je pense qu’il y a assez de place pour un second lit dans cette pièce. Si tu ne le souhaites pas, je comprendrai tout à fait et je dormirai sur le canapé, les premiers temps, soupira-t-il. Mais un jour où l’autre, il faudra bien se résoudre à dormir dans la même pièce. J’irai à ton rythme mais tente de ne pas pousser le bouchon trop loin. »


    Ce n’était pas réellement une menace et Candy était totalement conscient que l’autre pourrait parfaitement lui répondre « Ou quoi » et qu’il ne saurait que dire. Il n’y avait pas de « Ou quoi », pas de sous entendus. Il ne se mettrait pas en colère, ne le frappera pas. Juste un stade plus avancé de l’autodestruction que Candyce semblait vouloir pousser à son point culminant. Ses yeux se rivèrent sur Nymphe après un léger instant de silence et puis il s’étira, retournant à un calme feint.

    Oh, can't you see how I'm dying?
    I've got no reason to be proud
    Drink this water around me
    Before I drown.


    Tout doucement, il glissa ses doigts le long de la nuque de son Reflet, pointant du doigt le plateau sur la table de chevet juste à ses côtés. Il avait profité du sommeil de la chose bleue pour aller faire un semblant de courses – tout en l’enfermant dans l’appart, oui, certes – et une odeur alléchante s’échappait des deux tasses mises à refroidir et du sac de la boulangerie. En tant que premier client de la journée, le boulanger lui avait refilé deux pains au chocolat en plus des croissants et Candyce avait pensé à noter mentalement qu’il devrait repasser par la dite boulangerie de temps en temps ; le pain y avait l’air meilleur qu’à la grande surface. Sa joue s’échoua quasi mécaniquement sur l’épaule de Nymphe alors qu’il jouait avec Misery, le titillant du bout des doigts. Il rit doucement en voyant le chaton lui bondir sur la main au moment même où il la retirait. Il finit par frotter doucement son nez contre la truffe humide, un sourire quasi apaisé sur les lèvres. Il pencha la tête sur le côté et étouffa un bâillement dans la manche de son pull avant de – pour l’exemple – se saisir d’un croissant et croquer dedans sans ménagement.

    « Bon ap, murmura-t-il doucement en tendant un bout de croissant à Misery. J’ai fait du chocolat, prend une tasse. C’est encore chaud donc fait attention, s’il te plait. Songe qu’il est encore un peu tôt pour partir à l’hosto pour une brulure au troisième degré. »


    Sous les airs de moquerie, il n’en restait pas moins que Candy s’inquiétait vraiment de la santé de son reflet et de son… – Comment disait-on déjà ? Ah oui. – Intégrité physique. Pour faire simple, Candyce n’avait vraiment pas envie que Nymphe se brûle et ce pour une foule de raison toutes plus sincères les unes que les autres. S’il n’arrivait pas à l’avouer gentiment c’était tout bonnement parce que, par un coup du sort étrange, sa dernière et ultime protection résidait dans ce ton mi-tranchant mi-moqueur. Des barrières qu’il avait érigées, il ne restait que poussière. Il avait déjà pleuré devant lui, comment pouvait-il se prétendre encore intouchable et intouché par sa présence ? Il ne pouvait plus. Alors il se repliait sur autre chose. Misery lui croqua le doigt et il poussa un grognement mécontant, lui envoyant une pichnette entre les deux yeux. Sale matou, songea-t-il brièvement, un sourire tendre au coin des lèvres. Tel maître, tel chat, hein.

    C’est au milieu d’une gorgée de chocolat brulant qu’il se prit en pleine face et avec force de détail tout ce qu’il avait évité de dire la veille. Tout ce qu’il n’avait voulu dire. Tout ce qu’il aurait pu, ou du, avouer. Aussi décida-t-il de résoudre sa dernière erreur, celle qui portrait tous les jugements de Nymphe à son égard. La petite phrase qui avait par trop longtemps résonné dans sa tête alors qu’il se tournait et retournait sur le canapé. Il prit une longue, très, trop, longue inspiration avant de regarder fixement dans sa tasse et d’annoncer d’un ton badin :

    « Tu te trompes, à propos, il ferma les yeux. Ici et ailleurs, il n’y a que toi qui compte. A part vers toi, je n’ai pas vraiment de lieu où retourner, tu saisis ?, sa voix s’était emplie d’une vague colère sourde. Je suis désolé que tu ne le comprennes pas mais je ne vais pas renier ça sous prétexte que tu ne me crois pas. Si je suis aujourd’hui à Calyppe c’est uniquement parce que je tiens à toi plus qu’à moi et que j’ai pas envie que tu pourrisses seul le restant de tes jours parce que je suis un putain d’égoïste, il n’esquissa pas un geste, pas un regard en sa direction et se contenta de lancer d’un ton léger : Il est bon, ce chocolat, non ? »

    And the more we grow the less we know
    Until the time we lose it all
    Look at me now
    I'm broken and empty
    Why does it always rain on me?
    Give me your heart so I can live.

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MessageSujet: Re: [Numéro 11 ; Appartement 69B] Entre chat-torpille et bazar organisé ; bienvenue ! [PV]   Mar 13 Oct - 20:42

Nymphe ramena vaguement le tissu sur ses épaules. Très vaguement, il était encore endormi, un peu dans le flou, un peu la bouche encore pâteuse, les gestes approximatifs. Il écouta les mots de Candy, musique avec une belle fausse note au milieu. Il ouvrit à peine les lèvres pour murmurer, parce qu'il était à moitié trop blasé pour faire la réelle remarque à son humain.

- Ne dis pas "Tu n’avais pas l’air contre". "Tu n'avais pas l'air bien" à la limite. Je ne suis pas un amant capricieux.

Cette dernière phrase était légèrement plus forte, sur un ton normal de conversation. Il chipotait certes, c'était le genre de chose qu'il ne devait pas remarquer, sinon Candy se braquerait, s'énerverait. Ne le frapperait peut-être pas mais se montrerait distant et cynique, comme le salaud qu'il savait si bien être parfois. Alors il fallait simplement désamorcer, passer ses doigts osseux dans les cheveux noirs, un peu bouclés. Non je ne l'avais pas reconnu... tu as changé le dessus ? C'est vrai qu'il avait l'air un peu vieux et défoncé. Il aurait pu aussi rajouter qu'il n'était pas fan de l'idée que Candyce cherche son odeur mais... il avait fait la même chose pour sa part non ? Et puis les phrases d'un journal lui revenaient en tête. Il ne pouvait pas piétiner des sentiments comme ça. Oh bien sûr ce n'était pas comme s'il les découvrait mais... quand c'était son double qui le disait ça paraissait plutôt comme un... caprice, quelque chose de pas vraiment sérieux. Et du moment que c'est écrit sur du papier tu le crois ? Sans une once d'hésitation.

Nouvelle musique avec des fausses notes. Il devrait devenir à demi-sourd en fait, occulter inconsciemment ou pas la moitié de ce que disait Candy. Ses attentions auraient pu être touchantes si y'avait pas ce petit "ouais enfin je dis ça mais en gros ça m'emmerde hein...". Tsss.

- Je mettrais le lit contre l'autre mur, prononça-t-il calmement pour ne pas dire "l'autre bout de la pièce", Je pourrais ramener mes meubles ? C'est des genres de plaques qui s'emboitent pour faire des trucs simples... et ma penderie est en bois et en coton, c'est fragile mais ça se déplace facilement.

Il faudrait au moins une voiture quoi. et qui pourraient-ils appeler pour le déménagement ? Un ami fictif, un ex de sa chère et tendre moitié, leurs parents... Vu la grimace que Candy tirait à chaque fois ce n'était pas la meilleure des idées qu'il pouvait avoir. Mais aussi pathétique que cela semble ils n'avaient vraiment personne. Il préférait de loin confronter son "frère" à ses parents que supporter un type ayant couché avec Candy. L'ambiance serait à couper au couteau et puis... Non sincèrement avec Waël il avait eu sa dose de ces putain d'histoires à la con. Non il ne s'énervait pas du tout, il y avait juste un peu de colère qui bouillait dans un coin de sa tête mais c'était facile à écarter, le matin il n'était que torpeur. Il chassa tout de même les doigts de Candy, en résidu de ce début d'agacement, et aussi parce que c'était son cou ; ça chatouillait.

Il tendit ses mains pour saisir un croissant à son tour. Chaud, et puis croustillant et qui s'effrite entre les doigts, plein de beurre, pâtisseries de France. Il en mangeait beaucoup dans le miroir. Ça lui ramena un sourire au coin des lèvres, tandis qu'il arrachait du bout de la langue des lambeaux blancs de l'intérieur tendre du croissant, une chair en quelque sorte. Si si en temps normal il mangeait ses croissants normalement, là il rêvassait.

- Je ferais attention oui... J'aimerais bien retourner en France un jour...

Oh sûrement que le voyage le plongerait dans le monde des souvenirs, certainement qu'il pleurerait en foulant les pavés de la Vannes de ce monde, sœur jumelle et différente de celle où il y avait grandi. Mais qu'il y avait-il exactement à regretter dans le passé, à cette époque où il ne faisait qu'attendre son humain, sans se lier particulièrement aux autres reflets, bien trop impatient de partir ? Rien en fait. Sauf qu'il avait des rêves à l'époque. La plus belle période de sa vie devait se situer directement après son arrivée sur terre, les quelques années où il pensait que transformer Candy en rockstar était facile, et que de toute façon, ils avaient le temps. Dix ans plus tard ils avaient vingt et un ans, ses rêves s'étaient envolés par la fenêtre, la tendresse franche et naïve de Candyce s'était cassée la gueule dans la boue.
La fin de son croissant buta sur le début de nœud qui s'était fait dans sa gorge. En fait là, maintenant, tout de suite, ça n'aurait pas gêné que Candy rappuie sa joue contre son épaule, comme il l'avait fait il y a une minute avant de se rabattre sur le petit dej'. Il attrapa à son tour une tasse toute chaude, la portant à ses lèvres, ne buvant même pas dans un premier temps.


« Tu te trompes, à propos, il ferma les yeux. Ici et ailleurs, il n’y a que toi qui compte. A part vers toi, je n’ai pas vraiment de lieu où retourner, tu saisis ? Je suis désolé que tu ne le comprennes pas mais je ne vais pas renier ça sous prétexte que tu ne me crois pas. Si je suis aujourd’hui à Calyppe c’est uniquement parce que je tiens à toi plus qu’à moi et que j’ai pas envie que tu pourrisses seul le restant de tes jours parce que je suis un putain d’égoïste. Il est bon, ce chocolat, non ? »

J'aurais voulu des preuves tu sais, mais je crois que je les ai eues. Et puis si j'y repense ces lettres, tu ne les avais pas envoyées non ? Et tu étais en train de les brûler. Tu n'en veux plus de lui. C'est sûr je peux pas t'apporter grand chose, ni réconfort ni plaisir sexuel, mais peut-être que...
Que quoi ? Que tu ne regretteras pas trop d'avoir un stupide Reflet comme moi ? Puissamment inutile, incapable de réaliser ton rêve ni même de te rendre heureux. Il soupira silencieusement, et ouvrit les lèvres sur toutes ces choses qu'il ne dirait pas.

- Oui, c'est toi qui l'a fait ?

Eyh si Candyce c'était ménagé une porte de sortie il n'allait pas buter stupidement sur la pièce d'avant. Non mieux valait le suivre. Eyh Nymphe, tu as des croissants, du chocolat chaud et ton humain à tes côtés. Tu n'en rêvais même pas la nuit dernière. Ses paume se refermèrent sur la faïence légèrement brûlante tandis qu'il posait doucement sa joue sur l'épaule de Candy. Il n'était pas très doué pour ce genre de geste, fut tout surpris de rencontrer des os si durs, il aurait cru que c'était confortable pour que Candy aime le faire. Encore un mystère de la vie. Il frotta doucement sa joue en quête d'un quelconque confort puis soupira, exaspéré par sa propre inutilité, posa sa tasse et ferma ses bras autour de son double, ne se serrant pas trop contre son dos tout de même, trouvant contre la naissance de sa nuque un endroit quand même bien mieux. Il ferma les yeux quelques secondes, à peine dérangé par les pattes de Misery qui s'enfonçaient autoritairement dans ses cuisses pour le distraire. C'était la deuxième fois en vingt-quatre heures qu'il prenait Candy dans ses bras.Alors qu'à une époque ils pouvaient passer ses semaines sans avoir d'autres contacts que le bout des doigts effleurant les autres quand ils se passaient le sel à table. Il le sera un peu plus fort, brièvement, l'alchimie de tous les regrets et les envies qui l'avaient assaillit au réveil puis le lâcha pour prendre une deuxième croissant, se faisant carrément plaisir, finit son chocolat qui avait un peu refroidi, et deuxième joie du matin ; s'étira. ses mains s'entrelacèrent l'une avec l'autre, relevées loin au dessus de sa tête, le dos cambré et le plaid ne couvrant rien de sa poitrine frémissant frileusement sans sa protection. Il ne savait pas se faire craquer toutes les vertèbres mais il aurait bien aimé. Il s'étira de longues secondes en espérant produire un petit craquement sec et oh combien cool mais ses os le laissèrent carrément dans le vent. Il rabaissa lentement ses bras pour caresser rêveusement Misery qui se frottait à son flanc, considéra le vide en face de lui pendant presque une minute, puis il se frotta les cheveux. Ha oui. Douche. Éventuellement il faudrait qu'il demande à Candy.

- J'peux prendre une douche avant de partir ?

Oh c'était le genre de questions purement courtoise auxquelles on n'attends pas de refus, auxquelles on ne conseille pas de refus. Parce que sinon il allait insisté et finir par en prendre une quand même. Ou à se sentir très vexé si Candyce trouvait un moyen plus ou moins bon de lui refuser ça. Ses jambes s'agitèrent sous les draps, lutant vaguement en évitant le plateau, s'en extirpèrent, blanches et fines, comme si sa cheville commençait mi-mollet. C'était légèrement extrapolé mais c'était ça. Il ne s'apellait Nymphe en référence à des déesses mineures ça non, simplement en rapport avec les insectes. C'était bizarre qu'on accepte qu'il se montre en strip-tease, on devrait plutôt le déguiser en mante religieuse non ? Ce stupide corps inatractif.
Il sortit du lit et fit quelques pas dans la chambre, comme pour vérifier qu'il se souvenait toujours du processus de marche. Il évolua (ou "marcha vaguement") jusqu'à la fenêtre, regardant les rues comme s'il s'attendait à y trouver quelque chose et glissa distraitement les doigts dans sa culotte de soie bleue, la décollant du côté où elle s'était incrustée à sa peau. Dehors il faisait moche, dehors il faisait gris et il pleuvait. Ça allait être tannant au sortir d'une douche. Il trainerait peut-être chez Candy -non il ne se cherchait pas du tout d'excuses, il voulait vraiment rentrer mais repoussait l'échéance- et courra jusqu'à un arrêt de bus lors d'une accalmie.
Ou alors tu lui emprunte un parapluie.
Oui aussi. Le plaid l'avait abandonné au cours des manœuvres. Il le ramassa sans potentiellement se rapeller que chez les gens normaux une nudité toute proche était vaguement excitant. A son avis c'était qu'une question de concentration, lui pouvait bien dormir complètement nu avec Candy sans avoir la moins gêne ni once d'excitation. Même là maintenant. Bon évidemment la situation n'était pas possible parce que son humain le... Oh merde.
Il s'enroula prestement dans le plaid, le refermant sur sa peau comme un rideau tombe sur un scène, et parvint à garder cette air parfaitement détaché et naïf du "heiiin mais je ne me rend pas coooooompte" le temps d'aller dans la salle de bain pour "faire couler de l'eau". Oui oui et regarder les shampoings toussa, même pas fermer la porte non, juste faire une sorte de visite en avant-garde pour le bien-être mental de Candy. Parce qu'il y pensait des fois.


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MessageSujet: Re: [Numéro 11 ; Appartement 69B] Entre chat-torpille et bazar organisé ; bienvenue ! [PV]   Mer 18 Nov - 21:21

___ « Tout a été dit. Sans doute. Si les mots n'avaient changé de sens ; et les sens, de mots. »


    Il y eut un blanc.

    Le genre de gros blanc.

    Il ne fut pas de ceux qu’on imagine opaques, gênants, et surtout, surtout, laissant un instant de flottement entre deux mots. Non. Plutôt le sorte de blanc qui, dans un esprit aussi faible et perturbé que l’était ce matin là celui de Candy, causait des ravages ou, plutôt, pour être juste, rendait le cerveau aussi mou et insaisissable que du fromage blanc. Et tout ça à cause de ce foutu Reflet qui ne faisait gaffe à rien et, encore moins, à lui. Prendre une inspiration telle qu’il la prit ne fut peut-être pas la meilleur des idées qu’il eut, au vu du rougissement qui grimpaient sur ses joues à vitesse grand v. Il serait vain de décrire le tremblement de ses mains ou même le vacillement dangereux qui se produisit dans ses prunelles. Totalement vain. Après tout, qui que vous soyez, vous pouvez parfaitement imaginer ce qui secoua les résolutions tremblotantes de Candyce alors qu’il voyait le seul rempart ente lui et Nymphe choir au sol comme une feuille automnale tourbillonnante. Et voilà. On en revenait toujours là. A ce corps qu’il n’avait pas oublié, à la peau blanche, à l’air d’ailleurs. Oh, il ne bougea pas. Il en aurait été incapable. Tout à fait incapable. Il sentait confusément que ses jambes ne le porteraient même pas. Et dieu ce que ça faisait mal de se retrouver à nouveau à ce point démuni. A ce point fragile. Il pensait avoir dépassé. Un peu. Il espérait avoir évolué. Beaucoup. Et voilà. Voilà. Tout se cassait trop facilement la gueule dans sa tête. Comme si ses pensées étaient autant de poivrots qui retomberait sans cesse dans l’alcool alors qu’elles savent pertinemment qu’elles en vomiront leurs tripes après quelques verres. Au final, oui, son cerveau se suicidait. Et avec force de détails, qui plus est. Au final, certes, Candy en fuyait la responsabilité. C’était « son cerveau » pas lui, « Candyce Céphise Highborn enchanté. » Juste une entité extérieure à lui qui – bordel – faisait vraiment n’importe quoi. Comme lui balancer qu’il avait gardé ce foutu canapé pendant des années. N’importe quoi. Pour la peine, il allait le jeter. Voilà. Et il allait foutre en l’air son journal intime. Ouais. Et les photos aussi. Aussi, oui. Et… Et Candyce crispa douloureusement les muscles, faisant les gros yeux au chat qui venait de lui donner un coup de patte. Sans doute serait-il juste d’en expliquer tout d’abord les raisons véritables avant de donner les raisons – qu’à tort – on lui prêta. Bien.

    Misery, donc, chaton-pas-du-tout désespéré de son état, oui, avait attrapé un peu plus tôt le morceau de croissant que lui avait sympathique tendu le garçon qui vivait avec lui. Mais si, vous savez, le truc bizarre, un peu grand, un peu glauque, qui parlait fort, bougeait partout, et l’avait arraché de son carton pour le coller dans un lieu où le gazon était en laine synthétique. C’est bon, vous voyez ? Toujours est-il que le dit garçon avait ramené chez lui une bête bleue et que Misery, pas plus inquiet que ça au départ, venait de remarquer, alors que la main s’était suspendue au beau milieu d’une caresse, que le truc bleu semblait bien partit pour accaparer l’attention de celui qui habitait avec lui. Surtout que les miaulements n’y avait rien fait. Rien du tout. On ne lui avait même pas accordé un regard. Aussi, Misery avait donné un grand coup de pattes dans l’avant bras y traçant trois sillons d’un rouge sanguinolent. Ca, c’était les raisons du chaton. Les vraies. Les seules et uniques. Celles qu’on lui prêtât furent, curieusement, vaguement plus nobles qu’une simple jalousie et demande d’affection. Soit. C’est le propre de l’humain de reporter ses sentiments sur ce qui ne peuvent protester. C’est pourquoi Candy fut d’un coup persuadé que le dit chat ne l’avait griffé que pour le rappeler à l’ordre, lui signifier qu’il était pathétique – ce qu’il reconnaissait sans mal – et que c’était puéril de sa part de vouloir tout foutre en l’air – ce qu’il avait plus de mal à accepter – et que, pour finir, il n’avait pas besoin d’un pseudo cerveau pour se suicider émotionnellement, qu’il se débrouillait très bien lui-même – ce qui n’était pas tout à fait faux. Bref. Toujours est-il qu’il réagit à peine à la fuite à toutes jambes du Reflet à qui il avait répondu un peu avant du bout des lèvres. Il se demanda même un instant si Nymphe allait fermer la porte de la salle de bain.

    Et puis il se rappela que, qu’il le fasse ou non, ça ne changerait rien à la suite des évènements. Il n’allait pas le violer dans sa douche, n’est-ce pas ? Quoique. Non non non. Ne pas y penser. Ne pas y penser. Ne.pas.y.penser. Surtout pas. Après tout risquait de s’enchainer et il allait le perdre à jamais. Et ce serait pire que tout. Pire même que de ne plus jamais le toucher. Ca n’en valait pas la peine et il ne voulait pas perdre ce qu’il avait déjà tant eu de mal à avoir. Et encore, non. Pas « avoir ». Il ne possédait rien. Pas l’once d’un espoir ou même un infime indice. Un truc. Un on-ne-sait-quoi. Parce qu’il crevait de trouille. Parce qu’il n’y avait plus qu’une seule issue. Terrible, terrifiante. Abjecte. Se retrouver seul. A nouveau. Sans plus personne avec qui exister. Juste parce que… Juste parce qu’au fond, oui, Candy aimait Nymphe plus que lui. Mais c’était à présent sans plus grande importance. Il n’y avait plus à lutter. Il prendrait des cours, tenterait de devenir célèbre, ferait une carrière ratée dans le rock’n’roll. Et puis disparaitrait. Peut-être qu’après tout ça, il ira se terrer on ne sait où. Sans doute ne se suiciderait-il pas. Après tout, quelque part dans ce corps qui ne lui appartiendrait jamais plus tout à fait sommeillerait sans doute un bout de son Reflet. Sans doute. Il n’empêchait que.

    Tous les mots se modifiaient,
    Tous les mots se moquaient de moi,
    Tous les mots m'ensorcelaient,
    Mais tous les mots ne comptaient pas...


    Candy posa le plateau sur la table de la cuisine avant d’aller ouvrir en grand la porte fenêtre du salon, l’air un semblant fatigué. Ce n’était absolument pas la faute du chat qui serpentait entre ses jambes ni même la faute de son Reflet dont il guettait le moindre bruit. Après tout c’était de sa faute et uniquement de sa faute s’il se compliquait éhontement la vie. Toujours est-il qu’il songea brusquement aux différentes raisons pour lesquelles il ne fermait jamais oh grand jamais la porte de la salle de bain. La première, l’évidente, c’est qu’il vivait seul avec un chat et qu’il n’avait jamais été un modèle de pudeur – ce que n’importe qui le voyant savait au premier regard. De toute façon, les chats avaient peur de l’eau et le chat n’avait pas pour habitude de se glisser dans l’interstice qu’il laissait à la porte. La seconde raison était que dans un élan d’inspiration créative, le type qui avait posé la serrure de la porte avait oublié que, techniquement, oui elle était censé pouvoir se clore, mais qu’elle était aussi censé se rouvrir. Ce qui n’était pas un moindre détail. Et il avait ouvert la fenêtre. Et il ne se souvenait pas avoir entendu le bruit caractéristique de la porte qui se ferme. Il y avait peut-être encore une chance pour que… Se levant d’un bond avec toute la grâce d’un pantin endormi, il esquissa une amorce de course vers la salle de bain, tentant de crier dans un même temps :

    « Nymphe, fais gaffe à la… » Clac. Voix un semblant découragée : « Porte. »


    Outch. Et maintenant l’autre allait croire qu’il l’avait fait exprès. Peut-être un peu. Peut-être. Pour le retenir un peu. Avec lui. Il poussa un long soupir, de ce qui accroche la gorge et coule le long de la langue comme s’ils étaient de simples sucreries. Il s’éclaircit la voix, s’humecta les lèvres :

    « Nymphe… Tu n’es pas claustrophobe, j’espère… ? Parce que sinon respire un bon coup. La porte de la salle de bain se ferme mais ne se rouvre pas. Alors va falloir que tu hm… Patientes… Jusqu’à ce que j’arrive à la rouvrir. »


    Il se retint d’ajouter un « Bon courage » qui aurait sans doute sonné bien ironique dans une telle situation. En plus son Reflet lui en aurait voulu et, même s’il était probable que ce soit déjà le cas, Candy préférait l’éviter au maximum. Parce que ce n’était jamais agréable lorsque Nymphe le regardait avec désintérêt total. Plutôt mourir. Candy glissa ses doigts sous la porte en fermant les yeux, se laissant glisser contre le bois.

    « Tu veux quelque chose pour t’occuper… ?


    Et ne me dit pas rien, s’il te plait. Rien c’est le néant. Et même si ça n’a rien avoir avec nous, ce mot, je le déteste. Alors ne dis pas rien, Nymphe. S’il te plait.

    Tous les mots que j'attendais,
    Je ne les entendais pas,
    Parfois tu t'en approchais d'un bout de voix,
    Mais ta langue n'en voulais pas…

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