I See a red door and I want it to paint it
BLACK.
No color anymore I want it to turn BLACK.
« Le marché s’effondre vous ne comptez pas sérieusement investir là dedans ?! »
« Notre publique cible : les jeunes. Trouvez moi un slogan accrocheur ! Demain, 8h je veux les propositions sur mon bureau ! »
« Renvoyé ! Vous êtes renvoyé ! »
« Je suis certains que nous avons les moyens de vous faire changer d’avis. »
« Nous lui ferons une offre qu’il ne pourra refuser »
Artémis regardait s'agiter sa petite fourmilière d'un oeil terne. Il la fixait sans la fixer. Bercé par le bruit de ses petites fourmis s'activant sur tous les fronts, le ronron de la photocopieuse et l'écoulement continuelle de la machine à café. Inspirant paresseusement l'air chargé de tabac et de caféine. Une atmosphère chaude et réconfortante en somme. Il avait toujours un mal fou et inexpliqué à quitter ce lieu. Non pas qu'il aima son travail. Non. Disons que c'était moins pire que le reste. La société Orwell était en perpétuel effervescence, il n'y avait pas une journée où il ne se passa quelque chose de nouveau. Dans cette immensité de verre et de bétons, qui narguais les dieu tel une tour de Babel moderne, toutes la diversité humaine était représenté. Le meilleur comme le pire. Et lui, Artémis était à la tête de cette masse grouillante. Sur quels sourires aimable pouvait-il compter ? Pas la moitié. Ils n'étaient qu'humains après tout. Artémis passa distraitement sa longue main blafarde dans ses cheveux, enroulant une de ses longues boucles noirs autour d'un doigt malingre. Ses membres étaient lourds, ses paupières également. Il sentait la fatigue envahir pernicieusement chacun de ses muscles. Il soupira. Il était temps de rentrer.
Bientôt 19h, les bureaux commençaient à se vider. Les cadres aller retrouver leurs familles, les plus jeunes sortaient entre amis. Lui rentrerait seul. Il avait depuis longtemps refuser d'avoir quelconque chauffeurs ou majordomes. Il s'occupait de lui seul. Il ne laisserai personne rentrer dans le manoir Orwell. Il avait les moyens pour ça. Des moyens qui avaient fait taire les suspicions de la police à propos de la disparition soudaine du couple Orwell quelques années auparavant. Il décrocha son trench noir hors de prix et l'enfila lentement, son regard, comme à son habitude, perdus dans une limbe bien lointaine. Il répondit d'un vague murmure aux différents « au revoir » des employés qui se donnaient encore la peine d'être polie avec lui. Il s'affala gracieusement contre la paroi métallique de l'ascenseur, le laissant l'entrainer vers les entrailles de la terre. Il ne portrait strictement aucun intérêt aux voitures, tout comme à beaucoup d'autres choses. Il savait à peine à quoi ressemblait la sienne.
l savait quel était noir et aussi surement plus cher et rapide que la moyenne. Il avait demandé un jour à un de ses employés d'aller lui en acheter une 'bien où on peut écouter de la musique', sur quoi il lui avait tendus un chèque vierge et lui avait demandé d'être de retour avant la fin de la journée, laissant l'employé totalement incrédule. L'employé en question avait surement dut réaliser un de ses fantasmes en achetant cette berline noire avec toutes les options possibles et inimaginables qu'il n'aurait jamais pu se payer. Artémis n'aurait pas su dire s'il l'aimait bien ou non, comme pour tout. Elle était 'bien' pour ce qu'il en faisait c'est tout. Il mit le contact et démarra lentement, un crime pour un tel bolide. Cela faisant, il enclencha le lecteur CD.
Goutte. Une goutte s'écrasa sur la pare brise. Artémis ne put s'empêcher de la fixer. Seule. Elle était seule alors qu'elles étaient des milliers. Seule. Pendant une seconde il perdit le contrôle de son véhicule et faillit s'écraser dans le bas côté. Pendant une demi seconde il se demanda pourquoi. Pourquoi se donner la peine de survivre.
Rester debout mais, à quel prix, sacrifier son instinct et ses envies.Pourtant, il continua à rouler. Pas qu'il eut quelconque espoir pour son avenir ou quelconque aspirations pour celui-ci, mais il continua tout de même. Chaque jour le même trajet. Jamais un autre. Pour aller où ?
Voilà à quoi se résumait sa vie désormais. La société Orwell. Il n'y avait rien d'autre. Rien qui put l'intéresser.
Bientôt l'allemande vint faire crisser le gravier de la propriété Orwell. Le sinistre manoir se découpait dans le ciel gris, plus inquiétant que jamais. Qui oserait se jeter dans cette gueule béante mis à part son seul et unique habitant. Il fit jouer sa clé dans la serrure et la porte s'ouvrit enfin. Il était de retour chez lui, mais personne ne l'accueillit.
Même les fantômes d'un passé lointain ne se donnèrent pas cette peine. Tous avaient déjà fuit ce lieu de désolation. Artémis était la seule âme en peine à encore vouloir hanter en ces lieux. Vide. Et Cette pesante mort qui suinte entre les murs. Silence. Le deuxième habitant du manoir. Tout ici semble mort, y compris son propriétaire. Il s'avança dans l'entrée vide. Par soucis d'efficacité du ménage, il avait fait retirer quelques meubles de la demeure quelques années auparavant. Le lustre du salon illumina la pièce froide de sa lumière. A travers le cristal des pampilles se formèrent une myriade d'étoiles qui vinrent orner le mur grisâtre. Artémis se laissa lourdement tomber sur un sofa. La tête dans le vide charmé par les reflets arc en ciel dansant sur le mur. De petites âmes coloré prisent dans une folle ritournelle, Artémis souriait presque. Il ferma les yeux un instant. Comme si dans cet infime espace il y avait une chance encore plus infime qu'il rouvre les yeux ailleurs. Ailleurs.
Tout mais pas ici. Pas dans ce manoir à peine plus accueillant qu'une morgue un soir d'hiver. Il poussa un long soupire affligé. Il rouvrit les yeux sur le plafond. Une rose pourpre. Elle s'ouvrait là, élégamment sur la voute blanche. Une petite rose aux couleurs passés.
Artémis se statufia. Seul sa pupille tremblait. Un frisson d'effroi le parcouru. Il se leva d'un bond. Non. Non.
Ce n'est pas ça. Ça ne peut PAS être ça. Il ferma les yeux. Secoua violemment la tête. Mais elle était toujours là. Cette rose pourpre.
Une douleur sourde envahit bientôt son esprit, le faisant tituber. Non. Non. Ses mains crispées dans ses boucles de jais. L'air dément. Non. Il s'entendait hoqueter sous la violence du choc, impuissant face à sa propre douleur. La respiration haletante, le coeur pris en étau. Les sanglots lui obstruant la gorge. Son bon sens l'avait quitté en courant. Il ne voyait que ÇA. Cette tache vermeille jurant sur la blancheur immaculé du plafond. Il n'y avait qu'une seule pièce au-dessus. Une pièce fermé à clé de l'intérieur. Depuis des années. UNE SEULE ET UNIQUE PIÈCE, CELLE LA. Artémis tomba à genoux. Son corps tremblant compulsivement. Il n'avait jamais grandi depuis ce jour-là. Il était resté cet enfant qu'on abandonne devant une porte close. Le même enfant seul. Accusant une douleur trop grande pour un si petit corps.
Back to
Black.
Sans savoir comment il se retrouva devant la porte de cette pièce. Combien de jours avait-il passé allongé devant cette porte espérant en vain de revoir son père. Ses pères. Et à nouveau il lui faisait face. La même douleur lui vrillant les viscères. Il tomba à genoux. Sanglotant comme l’enfant qu’il avait toujours été.
« Pourquoi …? »
Il articula difficilement ces mots.
« POURQUOI !? »
Ses ongles s’enfoncèrent avec violence dans le bois de la porte. Il hoqueta misérablement s’étouffant de ses propres sanglots. C’était injuste. Tellement injuste. Ils avaient le droit à leurs bonheurs ensemble. Lui n’avait droit à rien. Même pas à des fantômes. On ne pouvait pas juste se tuer avec son criminel de mari et disparaitre.
« et moi alors …? »
Ses mains ensanglantés martelaient en vain la massive porte qui ne silla à aucune de ses attaques. C’était tellement égoïste. Pourquoi seul. Seul comme ça. Avec une vie pire que la mort.
« OUVREZ-MOI ! OUVREZ-MOI ! COMMENT AS-TU PU ?!! TU M'AS... TU M'AS ABANDONNE ! »
Sa plainte déchirait le manoir de son affliction. Mais personne ne répondit.
Personne.
Alors il n’avait personne ? George avait Camille. Camille avait George.
« Et moi ? »
Et lui ?
La fatigue faisant son œuvre, doucement il se laissa couler vers le sol. Visage contre terre.
« Et moi alors ? »
*Je dois rester ainsi ? Seul.*
« Noonnn… »
De faibles sanglots vinrent à nouveau secouer ce corps fatigué.
Il posa tendrement sa main meurtrit contre la porte.
« Et moi alors ? Moi, je n’ai droit à personne ? Que tu es égoïste père de voler mes foudres et de me laisser ainsi. Seul. Seul. Seul… »
Morphée emporta dans ses bras cette âme las. Et doucement Artémis sombra dans un profond sommeil. Le plus profond qu’il n’eut jamais fait.
>>> ça. Les méandres.
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